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Sel et Paludiers

novembre - décembre 2004 - n° 50

Le sommaire

En question : l'excès de sel, un problème de santé publique

Bio-portrait : Charles Perraud, l'ambassadeur du sel de Guérande

Dossier : - le sel et les hommes, un lien qui vient de loin - Le sel sous mention Nature & Progrès : l'écologie dans la salière - Salines et paludiers

Initiative : les récoltes solidaires de sel solaire

Témoignage : les laissés pour compte des marées noires

Ecologie : un sursis pour le saumon atlantique ?

Végétal et cuisine : les cardons

Chronique des producteurs : semences paysannes biologiques, l'espoir d'un réseau mondial ?

Société : l'OMC durcit le ton

Petites annonces

Jardinage

Agenda

 

La notoriété et le succès commercial du "sel de Guérande" sont aujourd'hui, auprès des consommateurs, à un niveau que l'on peut qualifier d'exceptionnel. Une situation confortable qui contraste étrangement avec l'état d'esprit des paludiers du milieu des années 80, reprenant chaque printemps le chemin du marais en se demandant si cela valait le coup : n'allait-on pas "lever" une récolte qui resterait sur les talus, faute de débouchés commerciaux ? Le métier n'était-il pas tout simplement "fini", comme disaient les "anciens" ? La crise était telle que l'histoire millénaire de la production de sel artisanale a bien failli s'arrêter à ce moment là.
Il a fallu l'optimisme indéfectible de quelques-uns, gens du cru et nouveaux venus, pour inverser la tendance. Certes le constat de départ était sévère, mais la profession ne manquait pas d'atouts qui, finalement développés avec habileté et constance, vous permettent encore aujourd'hui d'ajouter quelques grains de fleur de sel à vos mets préférés.
Produit mal valorisé, perçu par les consommateurs à l'égal d'autres sels concurrents, pourtant fort différents et pour certains, de piètre qualité. Produit fini insuffisamment "travaillé" population professionnelle âgée malgré la mise en place d'un stage de formation pour adulte, pression foncière forte, au cœur d'une région touristique réputée, sont autant de handicaps qu'il a fallu surmonter.
Démarche pour la protection d'un site de production exceptionnel, aujourd'hui classé, pratiques respectant le milieu naturel et la biodiversité, élaboration d'une gamme conservant les qualités naturelles du produit, formation des hommes, entraide collective, sont les axes de développement mis en ouvre, en toute transparence vis-à-vis des consommateurs, et qui ont payé, avec le succès que l'on sait.
Pourtant, toute médaille a son revers, et pour certains des paludiers ayant vécu toute cette période de mutation, il y a eu un prix à payer, en matière d'éthique. Le choix du développement a été fait en 1988 par une large majorité des producteurs (dont je suis). Notre coopérative, partie de presque rien, est devenue au fil du temps une structure imposante, dont l'action (il faut s'en réjouir), profite aujourd'hui largement à d'autres paludiers, à Guérande, comme sur d'autres sites, jusqu'au Portugal. Mais ce choix lui a imposé de rentrer de plein pied dans un système économique de distribution très libéral, que nous n'aurions sans doute pas choisi si nous l'avions pu !
Nos idéaux étaient citoyens et écologistes, "altermondialistes" avant la lettre. En réorganisant notre filière et notre communication, nous sommes devenus, parfois à notre corps défendant, des "chefs d'entreprises", obligés de composer entre nos aspirations initiales et la pérennisation de notre activité. C'est encore parfois difficile !

Finalement, cette histoire de sel, c'est celle de la bio, des points faibles, des points forts, d'ailleurs étonnement semblables, et la nécessité de faire un choix. Ne pas décider est impossible, s'ancrer sur des principes, c'est à coup sûr diviser, ce qui revient souvent à ne rien faire. Reste à rechercher le consensus, seule attitude responsable, seule porteuse d'avenir ?

 






Didier Guilet
Président de Nature et Progrès

Nature & Progrès, c’est aussi un magazine depuis 1964. Tous les deux mois, le point y est fait sur l’actualité de l’agriculture et de l’alimentation bio. Reportages, interviews, dossiers sensibles (OGM, nucléaire,incinération...), bio-construction, et des nouvelles brèves sur l’agriculture, le monde rural, le jardinage, l’alimentation et la distribution en font un précieux outil d’information sur le monde de l’agrobiologie. Ce magazine se veut engagé dans une réflexion globale sur la mondialisation, le commerce équitable, la décroissance. Enfin grâce aux rubriques courrier, calendrier des foires, colloques, il est un carrefour important de communication autant que d’information. Tiré à 5 000 exemplaires, il est principalement diffusé par abonnement, ainsi que par un système de dépôt-vente (> voir les modalités).

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