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La Bio : un projet de société

novembre - décembre 2014 - n° 100

 

À l'occasion des 50 ans de notre mouvement, nous avons eu la curiosité de nous plonger dans les revues des premières années de Nature et Progrès. Nous avons tenté de nous imprégner de tout ce qui avait animé les fondateurs en 1964. Et nous avons été émerveillés, enthousiasmés par toutes leurs analyses, leur énergie et la grande force de leur désintéressement.

Dans son premier édito intitulé "Le Président vous parle", Mattéo Tavera définissait l'esprit qui avait prévalu : "Dominée par un idéal commun à tous les membres, celui de crier contre les dangers d'une agriculture chimique et faire connaître et progresser l'agriculture biologique, Nature et Progrès veut s'en tenir là". À une période où la plupart des citoyens vénéraient la chimie et la mécanisation de l'agriculture, quelle audace !
Celle d’allier la Nature avec le Progrès en était une autre. L’association se voulait le carrefour de toutes les méthodes d'agriculture biologique… loin d’un retour à l'âge de pierre !
" Les animateurs de l'association, qui veulent être de leur temps et même en avance sur leur temps, ont tenu à associer côte à côte "Nature et Progrès" qu'ils considèrent comme inséparables. Ils estiment en effet, qu'il ne peut y avoir de progrès réels et surtout de progrès durables, conformes aux besoins de la nature humaine, que dans le respect absolu des lois naturelles. Car la nature est plus ancienne que l'homme et il est vain de vouloir la soumettre, comme on le fait aujourd'hui, par des méthodes violentes". Des mots hélas encore d'actualité ! Belle intuition que d’accoler ces deux termes. Dire que pour dévaloriser leur action, leurs opposants les ont fréquemment qualifiés "d'ésotériques".

Ce qui ressort de nos lectures fait toujours référence aux hommes. Sans du tout vouloir dévaloriser leur action, quelques très anciens adhérents et adhérentes nous ont expliqué que de nombreuses femmes avaient contribué à la montée en puissance et à la réussite de Nature et Progrès. Madame Louis, bénévolement, secondée par Mme Vidal, salariée de 1969 à 1970, assuraient le secrétariat de l'association, tâches ô combien importantes car à l'époque les échanges se faisaient presque uniquement par courrier postal. Avec d'autres femmes, travailleuses de l’ombre dévouées, elles peaufinaient l'organisation et la préparation matérielle des fameux congrès et rencontres qui donnèrent son élan au mouvement.

Dans des délais très courts, les animateurs de l'association ont fait connaître et diffuser les solutions et les méthodes de l'agriculture biologique. C'est en 1970 que le jeune agronome Claude Aubert publie " L'agriculture biologique : une agriculture pour la santé et l'épanouissement de l'homme", ouvrage de 240 pages critiquant les méthodes de l'agriculture conventionnelle en vogue à ce moment là. Mais surtout, il propose, en les expliquant, les solutions basées sur des expériences menées par des agriculteurs qualifiés, selon les données scientifiques les plus rigoureuses. Le congrès Nature & Progrès de 1970 tente de définir les rapports à maintenir - ou à établir ! - entre le monde rural et le monde urbain. Cette année-là, officiellement "année de la nature", une multitude de mouvements s’élève contre les nuisances et les pollutions. Déjà !

Actuellement, après une succession de crises et de scandales sanitaires mondiaux, l'agriculture biologique a le vent en poupe. Souvent pour protéger leur santé, de plus en plus de citoyens demandent des produits alimentaires de qualité qui ne détruisent ni notre environnement, ni les relations sociales.
Mais la "bio" n'est pas seulement un ensemble de labels, c'est d'abord une "agriculture savante" comme se plaît à le dire souvent Marc Dufumier. Nature et Progrès s'autorise à être critique - voire en opposition - envers des règlements (européen de 2009 par exemple) qui abaissent les exigences des cahiers des charges ; vis-à-vis de normes qui réduisent le vivant à une marchandise, et de projets de "libre échange" qui détruisent les règles du « bien travailler » et « bien vivre » ensemble.
Nature et Progrès défend l'agriculture paysanne, locale, sans intrants issus du pillage des ressources naturelles, au service de la souveraineté alimentaire, source d'alternatives pour un projet de société tourné vers le respect du vivant, l'autonomie des citoyens et le progrès collectif. C'est notre définition de l'agriculture biologique. Et comme il n’est pas dans le dessein de la bio officielle de défendre ce projet-là, nous restons plus que jamais mobilisés pour que l’agriculture retrouve le cœur de nos sociétés et soit source de transformation sociale.

 

 






Eliane Anglaret
Présidente de Nature & Progrès

Le sommaire

Les racines de la Bio

1964, les silences des campagnes

Les fondateurs de Nature & Progrès, ces remarquables défricheurs !

Nature & Progrès, 50 ans d’initiatives pour un avenir en Bio

50 ans de Nature & Progrès : quel bilan ? Claude Aubert est une figure de la Bio française. Avant de fonder Terre Vivante il a été une pierre angulaire de Nature & Progrès, au moment de l’écriture des cahiers des charges… Avec le recul, il nous livre son sentiment sur l’évolution de la Bio.

Tableau comparatif entre les différentes agricultures bio

Les indispensables militants de la Bio

Résistants, créateurs d’initiatives

L’innovation sociale s’installe à Chambalon De nombreux évènement ont salué les 50 ans de N&P. Mais c’est à Chambalon que nous tournerons le regard. Là, les adhérents de N&P Lozère se sont surpassés, édifiant pour 10 jours un village autogéré et autonome en énergie : 10 jours d’échanges non marchands… pour des milliers de gens!

Végétal : La poire de terre Cochet

Petites annonces

Ecologie, agriculture bio, économie
solidaire... La revue Nature &
Progrès fait le point tous les
deux mois sur l’actualité.
Reportages, interviews, dossiers
sensibles (OGM, nucléaire,
incinération...), éco-construction.
Tout cela en fait un outil précieux
d’information sur le monde de
l’agroécologie.

Des nouvelles du monde rural, des
alternatives, de l’alimentation et
de la distribution... car Nature &
Progrès se veut engagée dans une
réflexion globale sur la
mondialisation, le commerce et la
décroissance. Ses rubriques
courrier, agenda et livres en font
aussi un carrefour de
communication.
La revue est principalement
diffusée par abonnement, ainsi que
par un système de dépôt-vente (voir les modalités).


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