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EAU mainmise sur un bien commun

juin - août 2015 - n° 103

 

Nos sociétés modernes ont très largement perdu leur rapport à l'eau comme bien commun, comme élément essentiel de la vie. Dans notre système marchand, l'eau n'est plus qu'une ressource devant procurer aménagements et rendements agricoles, énergie, confort, plaisir et… profits, aussi est-elle, hélas, porteuse de très grandes inégalités.
Environ 1 milliard d'êtres humains n'a pas accès à l'eau potable et quelques pays se partagent 60?% des réserves mondiales. De nombreux cycles hydrologiques des écosystèmes ont été déplacés de leur circuit naturel dans les bassins versants, en particulier pour l'irrigation de productions agricoles, parfois acheminés sur de longues distances pour des besoins industriels, mais aussi dans les réseaux d'assainissement qui déversent dans le milieu naturel une eau de qualité douteuse. Dans certains pays, on fore dans des nappes aquifères profondes pour assurer la fourniture en eau. Nous savons maintenant que déforestation, destruction des zones humides, urbanisation et développement des mégapoles ont des conséquences désastreuses sur les précipitations, l'érosion des sols, la végétation et les régimes hydrologiques en intensifiant les dérèglements climatiques.
De l'idée de bien commun, l'eau est passée au statut de marchandise. Idée que Ricardo Petrella, économiste et politologue, fondateur du Comité international pour un contrat mondial de l'eau, intellectuel engagé, actif au sein de la société civile, a mis en lumière, depuis plus de vingt ans. Il note que la Commission Européenne, dans sa politique de "libéralisation des services", pousse à déléguer la gestion de l'eau aux multinationales. Les États n'ont pas une politique commune de l'eau et chacun tente de dominer l'autre pour garantir sa souveraineté hydrique.
Cependant, en 2010, la communauté internationale a fini par reconnaître que l'eau potable est un droit universel. Mais les intérêts financiers et les enjeux économiques sur lesquels se fondent les multinationales ne permettent pas de s'attaquer aux véritables causes des problèmes?; c'est, avant tout, ouvrir de nouveaux marchés et étendre leur implantation qui motive leur action. Un choc culturel pour certaines populations, communautés où l'eau est sacrée?: sa privatisation va totalement à l'encontre de leur culture. En France, ces dernières décennies, de nombreuses villes et municipalités ont délégué au privé la gestion collective de l'eau et de l'assainissement, pensant se débarrasser de cette responsabilité. Toutefois, la prise de conscience des citoyens et l'action d'ONG en faveur de l'environnement favorisent et encouragent les collectivités à reprendre la main sur ces services. Et c'est ainsi que certaines villes ou communes en ont repris la gestion au terme des contrats, et les citoyens constatent alors que leurs factures diminuent.
En 2010, née au Canada, une campagne de mobilisation est lancée pour recruter un million de "porteurs d'eau" afin que chacun s'engage à défendre le droit d'accès à une eau libre et potable pour tous. Elle a été diffusée en Italie, au Brésil et en France. La charte, support de la campagne, se décline en quatre points?:
- pour une gouvernance publique internationale de la gestion de l'eau
- pour faire de l'accès à l'eau un droit inaliénable
- pour que cesse enfin la mainmise des marchands d'eau sur ce bien commun de l'humanité
- pour que l'accès à l'eau pour tous soit une réalité.
Dans notre dossier consacré à l'eau, Marc Laimé aborde les mécanismes de sa gestion en expliquant ce que génère, sans contrôle, ce marché perverti qui conduit à un désastre écologique.
À Nature et Progrès, nous pensons que ce bien commun, indispensable à l'agriculture et à la vie, doit être géré collectivement, dans la transparence, par la collectivité publique et dans le respect des cultures des communautés. Notre approche et nos pratiques de l'agriculture écologique contribuent à une gestion saine et durable de la ressource en eau. Elles lui apportent une réponse collective?; elles peuvent aussi limiter les dérèglements climatiques. Nos engagements ne devraient-ils pas contribuer à extraire des mains des entreprises ce droit qu'est l'accès à l'eau et lui redonner son statut de bien commun de l'humanité?? Les mouvements citoyens et leurs organisations, y parviendront peut-être? – on l'espère.


 

 






Eliane Anglaret
Présidente de N&P

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