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Les garanties en question

avril - mai 2008 - n° 67

 

Le participatif est à la mode.

Chacun se sent de plus en plus dépossédé de son pouvoir à influer sur son environnement, sur les décisions, sur les choix de possibles qui s'offrent à lui. Le sentiment d'impuissance est omniprésent. La conscience est cependant là, bien vive, et tente d'être vigilante. Le citoyen a la sensation permanente d'être roulé dans la farine. Il n'est pas dupe et sait bien que derrière la "démocratie", se cache, encore et encore, la loi du plus fort, le pouvoir de l'argent, la contrainte économique dictée par les "possédants" accrochés à leur "multiplication des petits pains". Rien d'étonnant, tout le monde le sait. Déjà, quand j'étais enfant, on parlait de choses qui n'allaient pas dans notre manière de vivre et qu'on disait mauvaises pour la santé. Je me souviens, par exemple, des bonbons, dont on apprenait alors, qu'en plus du sucre, ils étaient bourrés d'arômes et de colorants. Et moi, dans ma tête d'enfant, j'étais rassuré : maintenant qu'"on savait", "on" allait l'interdire, et plus jamais aucun enfant sur terre ne mangerait ces "cochonneries"... 50 ans après, l'industrie des arômes et des colorants se porte bien, et ces "cochonneries" n'ont jamais alimenté autant de bouches avides. Mais aujourd'hui, tout est contrôlé, certifié, normalisé, labellisé : nous ne risquons rien ! Tout est prévu, même l'improbable, l'absurde et l'incohérent ! La fraise hydroponique sans saveur, rougie artificiellement, ramassée par des immigrés sans papiers, et ayant parcouru des milliers de kilomètres, est certifiée, contrôlée et déclarée "sûre". La fraise de saison, parfumée parce que rougie au soleil, produite par votre voisin avec des plants qui lui viennent de son grand-père, cette fraise là ne pourra pas, elle, avoir accès au marché. Elle est hors normes, donc suspecte, illégale, peut-être même dangereuse car "non contrôlée". Pas contrôlée, car ce contrôle, en plus d'être effectué selon des normes industrielles inapplicables aux petits producteurs, coûte très cher. Ce rôle, autrefois dévolu à un organisme public - la répression des fraudes - a déjà glissé vers le privé et est devenu un créneau porteur.
Alors, poussé par une poignée de citoyens vigilants et actifs, qui ont compris l'urgence de sauver le vivant, le local, et l'amitié, les petits producteurs ont créé le "participatif", avec un bel objectif : se ré-approprier la garantie à travers le collectif. Nature & Progrès a été pionnier en la matière depuis longtemps, à travers ses comacs (1) et son réseau producteurs/consommateurs. Aujourd'hui, la demande est forte, et il semble que notre expérience soit recherchée par de nombreux "collectifs" en quête d'alternatives. Si la direction semble bonne, il faudra cependant éviter quelques écueils. Le participatif n'est pas nouveau. Il est entré dans les entreprises dans les années 60, avec "l'intéressement" des salariés aux bénéfices. Il est donc multiforme et ne manquera pas d'être récupéré par le "business". Mais il est également pratiqué depuis un certain temps dans les pays du Sud, sous une forme communautaire, souvent liée à la pauvreté. Dans ces pays, où la petite paysannerie est encore importante, la solidarité est de mise pour l'autonomie, mais aussi parfois pour l'accès au marché. Là encore, si la garantie collective mise en place est une nécessité pour sécuriser "l'inconnu ou le lointain", elle devient inutile dans un système idéal de "connu et de proche". Il ne faut pas oublier non plus que la participation collective marche bien lorsque les gens ne possèdent pas de superflu, et se contentent du bonheur de la sécurité vitale. Il n'est pas certain que, transposé dans notre société individualiste et matérialiste, l'implication bénévole importante que représente un système de garantie participatif, ne s'érode avec le temps et ne suffise pas à assurer un véritable développement du mouvement. Le coût d'une certification dans nos pays riches, ne peut représenter un intérêt suffisant que pour un petit nombre extrêmement marginal. La dégradation rapide du pouvoir d'achat, pourrait, par contre, accélérer considérablement les choses en ramenant aux nécessités vitales un plus grand nombre et en ouvrant enfin, de nouveau, les portes de la solidarité.

Bonne lecture à tous.



1 – Comac : Commission mixte d'agrément et de contrôle, lire à ce sujet l'article de Jordy van den Akker pages 18 à 21


 

 






Richard Marietta
président de Nature & Progrès

Le sommaire

Lecture : "Le monde selon Monsanto"

Réaction : l'agriculture industrielle peut-elle nourrir le monde ?

Dossier : des normes au profit des firmes

Dossier : les systèmes de garantie participatifs, une alternative citoyenne à la certification officielle

Ecologie : plaidoyer pour les "mauvaises" herbes

Société : Arche de Noé végétale, qui aura la clé de la porte ?

Ecoconstruction : la maison en paille de N&P Belgique

Cuisine : Valérie Cupillard cuisine les graines germées

Végétal : les plantes odoriférantes

Agenda

Nature & Progrès, c’est aussi un magazine depuis 1964. Tous les deux mois, le point y est fait sur l’actualité de l’agriculture et de l’alimentation bio. Reportages, interviews, dossiers sensibles (OGM, nucléaire,incinération...), bio-construction, et des nouvelles brèves sur l’agriculture, le monde rural, le jardinage, l’alimentation et la distribution en font un précieux outil d’information sur le monde de l’agrobiologie. Ce magazine se veut engagé dans une réflexion globale sur la mondialisation, le commerce équitable, la décroissance. Enfin grâce aux rubriques courrier, calendrier des foires, colloques, il est un carrefour important de communication autant que d’information. Tiré à 5 000 exemplaires, il est principalement diffusé par abonnement, ainsi que par un système de dépôt-vente (> voir les modalités).

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