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N°125
Changer la Politique Agricole Commune : une urgence

6,50

Sommaire

Bio-portrait : Céline Beauquel, le parcours atypique d’une amoureuse du vivant

Tribune : “OGM cachés”, le gouvernement nous prend pour les cobayes des firmes agrochimiques

Initiative : Emmaüs Roya :la 1ère communauté Emmaüs paysanne de France

Témoignage : S’espéri, changer l’école pour transformer l’avenir

Alimentation : Nouveau : des huîtres sous mention Nature et Progrès

Dossier: Changer la Politique Agricole Commune : une urgence

Ecologie : L’abandon d’Astrid : quelle portée sur la filière nucléaire

Les plantes et nous : les épinards

Jardinage : la conservation des légumes d’hiver

Agenda et petites annonces

 

 

UGS : 1000-1-1 Catégorie :

Description

Edito d’Eliane Anglaret

Les catastrophes sanitaires s’enchaînent, l’affaire des bébés nés sans bras, les enfants contaminés par l’arsenic dans l’Aude, l’incendie de Notre Dame, celui de l’usine chimique Lubrizol classée SEVESO seuil haut… résultat, à chaque fois des mensonges pour camoufler laxisme et négligences. Des propos qui se veulent rassurants de la part de l’Etat mais le manque d’informations fiables et leur opacité suscitent l’inquiétude sur les conséquences de ces accidents, et pour nous les pollutions sont très largement sous estimées.

Avec l’incendie de Lubrizol, l’accident et sa pollution changent de dimension. Qui a dit quelles matières et quelles quantités ont brûlé ? La dérèglementation du droit de l’environnement n’est-elle pas en cause ?

Une véritable omerta concerne les accidents nucléaires qui depuis environ cinquante ans émaillent l’histoire du nucléaire. Nous avons tous en tête Tchernobyl et Fukushima, mais sans doute rien sur ceux de Saint Laurent des Eaux (1969 et 1980) à mi-distance entre Blois et Orléans. Ces deux accidents font partie des sept plus graves au monde. Les 19 et 20 octobre derniers, un forum organisé par un certain nombre d’organisations(1) à Orléans a commémoré le cinquantenaire de ce premier accident nucléaire français. Les rejets de plutonium et la radioactivité sont plus discrets que des explosions ou un long nuage de fumée noire avec des retombées de suie. Personne ne parle, excepté quelques organisations non gouvernementales qui ont du mal à se faire entendre, de l’impact sur l’environnement et le vivant de la radioactivité. L’ampleur des effets est très difficile à établir faute d’études bien que plus de trente ans après Tchernobyl, les larges territoires autour de la centrale sont imprégnés d’éléments radioactifs et que nous savons que le panache a survolé une grande partie de l’Europe disséminant des éléments radioactifs tels que l’iode 131, le césium 134 et 137. Et pourtant, les conséquences graves de la radioactivité sur la santé humaine sont connues (et sur nos descendants !), nous savons dans quel état de santé était Marie Curie au moment de son décès en 1934.

La critique contre les pollutions d’origine agricole est de plus en plus présente dans les débats et les têtes,  ce que certains appellent « l’agribashing» enfle, dénigrement des modes de productions faisant un usage démesuré de l’agrochimie, des biotechnologies, de l’agrandissement des fermes… Bien que cette critique ne soit pas nouvelle, son audience s’élargit bien au-delà des cercles militants.

Le 22 octobre, devant les grilles du Parlement Européen à Strasbourg, une « agroparade » a réuni des représentants de l’agriculture paysanne, bio, d’associations environnementales, de consommateurs…. Ils ont défilé à l’appel de deux plates-formes d’action, une française « Pour une autre PAC » et une allemande « Nous en avons assez ». Leur objectif : sensibiliser les députés européens aux enjeux de la future PAC en cours de discussion. En tête du cortège, une abeille géante croulant sous le poids des pesticides, du changement climatique, l’occasion de rappeler qu’en vingt ans, la masse des insectes volants a diminué de 80%. Mais pour peser dans le débat à venir, les organisations vont devoir poursuivre leur mobilisation pour une agriculture saine, durable et équitable.

En même temps, les détracteurs de « l’agribashing » sortaient leurs énormes tracteurs, appelaient à manifester et se regroupaient sur les places ou devant les préfectures des villes pour tenter de faire croire aux citoyens qu’ils étaient des « mal aimés ». Et ils sont plus visibles aux informations télévisuelles qu’un millier de personnes devant les grilles du Parlement Européen ! Ce sont les méthodes de travail de l’agriculture industrielle et chimique, les types de productions et de distribution des aliments que les citoyens contestent.

L’agriculture biologique que Nature et Progrès défend depuis plus de cinquante ans, l’intelligence et les pratiques agricoles et environnementales, les modes de commercialisation que ses adhérents déploient, démontrent la faisabilité d’un autre modèle agricole. Mais, serons-nous écoutés et entendus ou basculerons-nous dans l’irréparable ?

1 –  le Collège d’Histoire de l’énergie nucléaire et de ses aléas, avec le soutien du Collectif régional SDN Loire et Vienne, du Réseau “L’EPR ça suffit” (ex-Réseau Fukussenheim), d’Arrêt du Nucléaire, du Réseau Sortir du nucléaire, d’Alternatiba Orléans, de militants LFI, EELV et Gilets Jaunes.