Découvrez le nouveau numéro de la revue N&P : AGRICULTURE : GARE A LA PROPAGANDE VERTE

 

AGRICULTURE : GARE À LA PROPAGANDE VERTE !

Si l’on devait se fier aux seuls discours ambiants, l’agriculture serait actuellement en pleine refonte de son système dominant pour devenir « durable », collant ainsi aux aspirations du plus grand nombre. Mais quand un aussi fervent partisan des biotechnologies végétales que Bill Gates ou la patronne de la FNSEA commencent à se revendiquer de cette agriculture-là, c’est qu’elle a déjà perdu toute capacité transformative ! Et en effet, plus on s’approche de la réalité, plus il apparaît que nous assistons surtout à une vaste opération de greenwashing. L’urgence de changer de modèle agricole est désormais connue de tous. La consommation des produits bio suit une progression à deux chiffres (1), et pour mémoire, la campagne « Nous voulons des coquelicots » réclamant l’arrêt définitif des pesticides a récolté plus d’un million de signatures. Hélas, à l’instar de la loi Climat, la transition écologique dans l’agriculture n’est guère mesurable dans les faits. Elle existe surtout dans les discours ! Ce dossier nous en fera la triste démonstration : rien ne change véritablement, ou seulement à la marge. On dirait que, réalisant l’engouement et les exigences accrues de la société civile sur ces questions, les tenants du modèle polluant actuel cherchent surtout à mettre en place des réponses « écran ». Le Label bas-carbone, le label HVE, le « verdissement » de la PAC, toutes ces initiatives rassurent mais n’engagent rien de vraiment concret. « De plus en plus de marques apposent sur leurs fruits et légumes des allégations “sans résidu de pesticides” ou “cultivé sans pesticides”, suggérant l’idée de préserver la santé humaine et l’environnement, le tout à un prix moins élevé que le bio », écrivait en août la journaliste Elsa Abdoun de Que choisir (2). « Sauf que ces bénéfices restent à démontrer, si l’on en croit les résultats d’analyses réalisées en 2018 par la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) […] » lesquelles présentaient en réalité « des résidus de pesticides à des doses significatives », précisait-elle.

Qu’on utilise la communication pour verdir des pratiques qui ne le méritent pas est une chose. Ce qui est plus grave, c’est qu’au nom de la transition écologique, on se mette à prôner une modernisation de l’agriculture, entraînant celle-ci dans une nouvelle spirale technologique et financière ayant pour conséquence une ultime vague de disparition de paysans ! Car ce modèle agricole numérisé, cette agriculture 3.0 prétendument “plus économe en intrants”, aura un coût pour ceux qui s’y aliéneront : un endettement sans fin, qui laissera les plus fragiles sur le carreau pendant que les plus riches des exploitants n’auront qu’à attendre pour racheter leurs terres. Faire entrer ce projet de « croissance verte » dans la transition écologique agricole, la voilà la véritable escroquerie ! Car ces nouvelles technologies sont dépendantes de ressources en métaux et terres rares dont les stocks font déjà, pour certains, l’objet de tensions. Ces pirouettes langagières sont sans doute les derniers paravents du capitalisme agricole pour protéger ses dérives et les faire perdurer. Jusqu’à quand ? On sait désormais – et ce savoir se propage ! – que les 10 % les plus riches de la planète sont responsables de 52 % des émissions mondiales de CO2. Cela ne rend-il pas ces paravents bien fragiles ?

Nelly Pégeault

 

 

Notes :

1-
Le bio en pleine progression, la France en tête du marché européen, Le Parisien,
le 09/07/2020.
www.leparisien.fr

2-
Label « sans pesticides » la méfiance s’impose, Elsa Abdoun, Que Choisir,
le 20 /08/2020.
www.quechoisir.org