Découvrez le nouveau numéro de la revue N&P : Les paysans de la mer

LES PAYSANS DE LA MER

Avec plus de 4000 km de côtes, la France métropolitaine est le quatrième producteur de pêche et d’aquaculture de l’Union européenne (UE). En 2016, les navires de pêche maritime de France métropolitaine ont débarqué plus de 478 000 tonnes de poissons, crustacés, coquillages et autres produits de la mer (source INSEE).

Natifs du nord Ille-et-Vilaine, enfants, l’été nous allions en famille à la plage, construire des œuvres éphémères avec les laisses de mer (coquillages, algues, morceaux de bois…) et parfois à la pêche à pied lors des grandes marées. Cuillère à la main, nous étions fiers de sortir les coques enfouies sous le sable. C’était le début des années 70, la voiture individuelle permettait de partir à la découverte de nouveaux horizons, une certaine insouciance.

Parallèlement, un de mes oncles posait des lignes de fond pour pêcher la truite dans le ruisseau qui bordait sa maison. Puis, dans les années 75, j’ai pu observer l’herbe verte fluo qui poussait dans un champ proche des nôtres, et qui se couchait dès le premier coup de vent tellement elle était gorgée d’ammonitrate et de lisier. Les premiers élevages industriels de porcs et de volailles sortaient de terre dans notre campagne.

Fini, les lignes de fond, le ruisseau charriait du lisier ! Puis sont apparues les algues vertes sur les plages, avec parfois des interdictions de ramassage des coquillages pour insalubrité de l’eau de mer.

Mais l’intervention d’un élu du Conseil régional en classe de troisième venait nous rassurer : « Bien que l’évolution vers l’élevage industriel va polluer nos ruisseaux, le Conseil régional fera en sorte de maintenir des cours d’eau potable à destination alimentaire ». De là date ma première prise de conscience, d’autres suivront.

En 1990 est apparu le programme Bretagne eau pure (BEP). C’est un programme de lutte contre les pollutions de l’eau qui a été lancé à l’initiative du Conseil régional de Bretagne, pour répondre, notamment, aux alertes lancées par l’association Eau et Rivières de Bretagne. Le programme est un partenariat entre l’Union européenne, l’État, la Région, l’Agence de l’eau Loire-Bretagne, les Conseils généraux bretons, les structures des 44 bassins versants et la profession agricole de Bretagne.

En février 2002, la Cour des comptes épingle Bretagne eau pure dans un rapport. Elle déplore notamment l’investissement de moyens importants (310 millions d’euros entre 1993 et 2002) sans amélioration significative. Elle estime que les intérêts des acteurs en présence sont trop divergents dans ce combat pour l’environnement. La Cour des comptes suggère que les actions réglementaires menées par Bretagne eau pure soient accompagnées de politiques de prévention et de régulation des élevages chez les agriculteurs (source Association Eau et Rivière de Bretagne).

Les programmes BEP1, BEP2, BEP3 (jusqu’en 2006) se sont succédé, pourtant, cet été, début août, sept remorques agricoles faisaient la navette sur la plage de Saint-Michel-en-Grève pour évacuer des algues vertes !

Dans d’autres régions de France, des problématiques similaires doivent exister avec des sommes englouties à fonds perdus. Si vous ajoutez les dégâts sur la santé et les sommes qui s’y rapportent, manger bio demain sera possible quand tout cet argent sera alloué au développement de l’agriculture et du jardinage biologiques.

Si les pratiques des paysans de la terre ont une incidence directe sur le milieu marin par la qualité de l’eau restituée, les paysans de la mer ont aussi un rôle à jouer dans la préservation du milieu marin, car leurs pratiques ont aussi un impact sur la qualité de l’eau, la biodiversité et le maintien de la ressource.

Le dossier qui vous est proposé aborde ces métiers de la mer, que notre association accompagne depuis longtemps pour les paludiers, depuis peu pour l’ostréiculture, et pourquoi pas demain pour les autres coquillages, les récolteurs d’algues et la petite pêche artisanale ?

Espérons que les ponts qui se créent entre les paysans de la terre et ceux de la mer feront progresser notre projet, pour qu’il soit contagieux, afin que demain nous puissions de nouveau pêcher la truite dans nos ruisseaux, ramasser des coquillages sains, et laisser nos enfants et petits-enfants jouer dans le sable en toute tranquillité.

 

Dominique BOURDON,

Paysan boulanger en Morbihan, président du groupe Haute-Bretagne