Découvrez le nouveau numéro de la revue N&P : Ma planète, ma santé!

Une Santé, une Planète

Dans l’article « La santé de l’environnement, clé de voûte de la santé humaine », paru dans la revue précédente, j’ai montré que les êtres vivants ne vivent pas indépendamment les uns des autres, mais en interactions entre eux et avec le milieu qui les héberge (biotope), c’est-à-dire dans un monde interconnecté. La pandémie mondiale du COVID-19 illustre parfaitement cette vision.

Le monde vivant ne se résumant pas à l’homme, mes propos soulignaient l’impérieuse nécessité de placer la santé au cœur des politiques publiques et l’environnement au cœur des politiques sanitaires, reprenant en cela les enseignements du concept de « One Health » (une seule santé). Créé en réaction au morcellement des disciplines de santé, ce concept promeut une approche intégrée, systémique, holistique et unifiée de la santé publique, animale et environnementale, aux échelles locale et planétaire.

Dans le contexte sanitaire et environnemental actuel, il semblait important d’ouvrir plus largement les pages de cette revue à ce concept, en l’illustrant par des exemples concrets et prégnants. À cette fin, nous avons sollicité des scientifiques de disciplines différentes mais complémentaires, pour éclairer les lecteurs soucieux d’approfondir leurs vues et leurs connaissances sur ce thème devenu majeur. Les propos tenus dans ces écrits aideront également à trouver les solutions aux problèmes globaux auxquels nous avons à faire face. Les solutions existent. Sans prétendre à aucune exhaustivité, chacun dans son domaine a eu à cœur d’offrir une information claire, pertinente et objective. Les propos tenus par ces scientifiques indépendants, de renommée  nationale et internationale, sont exempts de tout conflit d’intérêt. C’est leur force.

La planète n’est ni un terrain de jeu, ni un supermarché où l’on fait ses courses sans regarder ce qui reste sur les étalages, ni un centre de traitement des déchets, mais un ensemble structuré spatialement et temporellement d’écosystèmes vivants. Tous nous sont indispensables et doivent être respectés dans leurs diversités et leurs fonctions. Les maltraitances faites à chacun finissent, tôt ou tard, par affecter les humains. Même si leur degré de complexité est différent, tous les êtres vivants de la planète ont la même origine : une cellule microbienne pour ancêtre commun. Le code génétique est universel, sa lecture est la même chez les microbes, les végétaux, les animaux et les humains. Les facteurs environnementaux nous affectent tous : notre sort y est lié. Comme le souligne le philosophe des sciences Etienne Klein, nous ne sommes pas au-dessus de la nature. La pandémie du Covid-19 nous montre, à l’évidence, que la nature conserve un pouvoir sur nous, un pouvoir impossible à contourner : respectons-la.

La vie terrestre existe depuis environ 3,8 milliards d’années, elle a colonisé les profondeurs de la terre, les fonds marins et océaniques, l’atmosphère et les milieux les plus extrêmes. Depuis son origine, elle a connu de terribles avatars qui ont abouti, à chaque fois, à la disparition de très nombreuses espèces vivantes, animales et végétales. À partir des espèces restantes, l’évolution biologique en a fait apparaître de nouvelles, dont très récemment Homo sapiens, l’homme sage. Espérons qu’il le sera assez pour ne pas se condamner lui-même à monter dans la charrette des espèces qu’il conduit à la mort. Cette agressivité de l’Homme contre le vivant n’aura qu’un temps : les lois de l’écologie nous l’enseignent. L’écologie n’est pas une doctrine, c’est une science. Les écologues, comme tous les scientifiques, n’émettent pas d’avis, ils observent, expérimentent, étudient, analysent et rapportent des faits. Accordons-leur ce crédit. Il y va de notre responsabilité d’Homme et aussi de notre… survie. Cela en vaut la peine.

Et si la science n’a pas de couleur politique, en revanche, ses applications n’en sont pas dépourvues. Il est dommage qu’au cours des dernières décennies, gouvernants et décideurs aient oublié que le vert est la couleur de la nature, celle de la chlorophylle qui produit l’oxygène que nous respirons et absorbe le gaz carbonique que nous émettons. Alors, redonnons à cette couleur l’éclat qu’elle mérite. Ne nous contentons pas d’un léger verdissement des actions à mettre en œuvre. La lecture des articles qui suivent vous persuadera du bien-fondé de cette recommandation

 

Gérard Fonty, membre du CA de N&P Auvergne. Directeur de recherche honoraire au CNRS et Président du GREFFE (Groupe scientifique de réflexion et d’information pour un développement durable).