Découvrez le nouveau numéro de la revue : Vers une société écologique post-urbaine

« L’ordre de confinement général nous a donné accès à un univers nouveau, une fois le ciel rendu à sa transparence et les rues des mégapoles au silence, l’essentiel nous devient audible, comme les chants des oiseaux et le clapotis des gouttes de pluie » …            Retour sur Terre (1)

Le rythme effréné des métropoles n’est pas naturel. À plus d’un titre il demande à l’homme des efforts d’adaptation surhumains : au bruit, à la vitesse, à l’air vicié, à la promiscuité… Au regard des travaux de l’anthropologue Edward T. Hall sur la proxémie, la sphère intime – au-delà de laquelle tout homme se sent vulnérable si elle n’est pas respectée – vole en éclats au sein de la mégapole : dans ses aéroports, dans les couloirs de ses gares ou de ses métros… L’homme doit y faire abstraction de son être profond, s’oublier à lui-même pour ne pas souffrir d’être ainsi dépossédé de son espace vital. Environnés de métal et de béton, en surnombre, les citadins disposent de peu d’espace pour respirer. La végétation y est rare, et souvent l’apanage des quartiers riches. En période de confinement, le besoin d’espace prend toute sa mesure, contraignant les plus démunis à vivre parfois à cinq dans 30 m2, ou seuls dans 9 m2, lot de nombreux étudiants ou des personnes précaires. La métropole est barbare, comme nous l’explique le chercheur Guillaume Faburel, auteur d’un livre éponyme (2) et co-pilote de ce dossier (3) ; et pourtant, partout sur la planète, elle continue de s’étendre démesurément. Jusqu’à la suffocation. C’est à cette course débridée du développement urbain que l’on peut mesurer l’emprise de l’étau capitaliste sur nos existences et sa capacité de nuisance. Car nous dit encore Guillaume Faburel, si cette expansion infinie de la ville est proprement « écocidaire », elle n’en est pas moins encouragée par des sociétés qui veulent poursuivre leur essor sans tenir aucun compte, ni du réchauffement climatique, ni de la finitude des ressources. Il a raison, malgré tous les efforts qui pourraient être faits pour l’approvisionner en nourriture – et ne parlons pas de ses autres besoins – la métropole ne pourra jamais être autosuffisante. Pour cela, il lui faudrait de la terre, celle-là même que les promoteurs convoitent pour y construire leurs tours d’immeuble, leurs périphériques et autres centres commerciaux. Les toits végétalisés, les écoquartiers ou fermes urbaines n’y suffiront évidemment pas, qui distraient habilement les habitants pendant que l’urbanisation se poursuit, empiétant sur les terres agricoles, à préserver urgemment !

Face à l’aberration de cette « métropolisation » à marche forcée, de plus en plus de citoyens, d’organisations, d’initiatives se dressent pour préserver et rendre accessible la seule voie capable de nous sortir de ce cercle vicieux : le retour à la campagne, le retour à la terre. Pour le moment, cette aspiration à une civilisation agroécologique et humaniste, promue notamment par des précurseurs comme Pierre Rabhi ou Pierre Gevaert (4) n’est pas encore très voyante. Il s’agit de projets parcellaires, d’oasis, d’archipels pour reprendre les termes d’Hervé Kempf (5), mais à l’instar des rhizomes du bambou dont l’œuvre est d’abord souterraine, ils pourraient à l’avenir se montrer particulièrement vigoureux. Comme ces jeunes qui s’en emparent dès qu’ils ont compris qu’ils pouvaient redonner du sens et de la valeur à leur vie en se détournant de la compétition vaine à laquelle la métropole sans doute les destinait. Repaysanner les campagnes, les âmes et l’avenir, tel est le propos de ce dossier… réalisé au nom de la Terre, et pour une plus Douce France.

Nelly Pégeault