N°105
Agriculture et effet de serre

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Date de publication : 11-12-2015
Rédacteur : Eliane Anglaret
Fonction du rédacteur : Présidente de Nature & Progrès

Sommaire :

ENQUETE : Le retour de la bouteille-verre consignées ? Entre bouteilles de verre recyclées et bouteilles de verre consignées, qu’est-ce qui est le mieux pour la planète ? L’agroéconomiste Marie-Aude Siroy a ausculté pour nous les deux systèmes…
OPINION : L’abattoir : là où la mise à mort dévoile le vivant Crise du sens de l’élevage… la recherche perpétuelle des bas coûts peut-elle engendrer autre chose que des coups bas ? Quel élevage, quelle filière, quels liens avec l’animal voulons-nous ?
DOSSIER: Effet de serre : et l’agriculture dans tout ça ?
DOSSIER : Crime climatique STOP ! Parole à Vandana Shiva
DOSSIER : OGM : les faux-amis du climat
DOSSIER : Agriculture, des pistes pour refroidir la planète
TEMOIGNAGE : Le four de ménage, un poêle de masse multifonction Cuisiner et se chauffer avec un four de ménage ne s’improvise pas si l’on veut vraiment joindre l’utile à l’agréable. Cela demande une maîtrise qui se façonne avec l’expérience…
CUISINE : les recettes bio-gourmandes de Valérie Cupillard
Livres, vidéos, CD
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Description

L’année 2015 sera marquée dans les annales par une canicule jamais égalée. Elle aura mis à dure épreuve l’agriculture et tous ceux qui développent des alternatives, qui encouragent les prémices d’une société fondée sur l’écologie, le partage et l’équité.
La préoccupation principale des citoyens concernant notre planète et ses millions d’êtres vivants, c’est le climat. Pour éviter d’augmenter la température de 2°C, comme le propose le GIEC (1), il faut une réduction drastique de 70% des émissions des gaz à effet de serre d’ici à 2050 (par rapport à 2010), alors qu’elles continuent de croître. Cela suppose, surtout pour les pays les plus riches, une véritable révolution dans nos façons de produire et de consommer!
En décembre, la COP 21(2) va réunir à Paris 195 Etats, visant à ratifier un accord que nous espérons ambitieux pour réduire les émissions de gaz à effet de serre. Ce prochain rendez-vous apparaît comme le sommet de la ‘dernière chance’ pour sauver la planète et surtout, l’humanité. Pour l’instant, les pays les plus touchés par les dégâts climatiques sont les pays les plus pauvres, alors que ce sont les pays les plus riches qui les ont, en grande partie, provoqués.
Cet accord sera-t-il à la hauteur des espérances ? Infléchira-t-il un changement dans la façon de produire nos aliments ? Fera-t-il oublier les échecs des sommets précédents ? Toute l’organisation économique du monde avec son culte de la croissance et sa logique de guerre économique est questionnée. ‘ Il semble que nous soyons devenus ceux qui auraient pu agir il ya trente ou quarante ans et qui n’ont rien fait ou si peu’ écrit le philosophe Bruno Latour (3).
Selon le GIEC, l’agriculture est responsable de plus de 15% des émissions de gaz à effet de serre dans le monde. Mais elle est aussi victime, car affectée par les changements climatiques. Les phénomènes météorologiques extrêmes (sécheresses et inondations, montée des eaux océaniques, fonte des glaces…) se multiplient, leur gravité et leur fréquence augmentent. Ces changements climatiques ont déjà et auront des conséquences inattendues, ils génèreront des conflits, par exemple celui du Niger avec l’avancée du désert et l’explosion démographique, ou celui en Syrie précédé de plusieurs années de sécheresse qui avaient entraîné la migration de populations rurales vers les villes. La sénatrice Leïla Aïchi déclarait récemment «en diminuant l’accès à l’eau potable, à l’énergie, en réduisant la surface des terres arables, les changements climatiques seront la source de nouveaux conflits dans les années à venir. Or ces sujets sont absents du Livre blanc de la Défense. À l’heure où nous votons les moyens accordés à la Défense, il n’est pas acceptable de ne pas prendre en compte ces nouvelles problématiques».
Une partie des remèdes à ces dérèglements est de plus en plus clairement exprimée par de nombreux scientifiques et défenseurs de l’environnement : arrêter la déforestation, en espérant qu’il ne soit pas trop tard, développer les systèmes agro-écologiques, encourager la régénération des sols, formidables pièges à carbone, réduire les intrants azotés… En avril 2008, le colloque « Agriculture biologique et changement climatique », co-organisé par l’Enita Clermont- Ferrand, ABioDoc et l’ASAFI confirmait que l’agriculture biologique émet moins de gaz à effet de serre que l’agriculture conventionnelle par unité de surface. À l’échelle de la planète, il est apparu que le potentiel de séquestration du carbone dans le sol avec des pratiques agricoles écologiques est considérable : généralisation du compostage, augmentation de la part des légumineuses dans la rotation, meilleure gestion des apports d’azote, augmentation des surfaces en prairies… L’impact de nos choix en tant que consommateurs a également été souligné : l’achat de produits de contre-saison venus par avion, suremballés, prêts à consommer, et plus encore la surconsommation de viande, surtout lorsqu’il s’agit d’animaux provenant d’élevages industriels.
Les adhérents de Nature & Progrès et les tenants d’alternatives aux systèmes agricoles et agro-alimentaires industriels sont, depuis longtemps, convaincus et œuvrent pour faire vivre ces préconisations.
Espérons que les messages seront entendus lors des déclarations et choix de la COP 21.
1 GIEC : Groupe d’Experts Internationaux sur l’Evolution du Climat
2 COP : Conférence Annuelle sur le Climat, sous l’égide de l’Organisation des nations unies – ONU
3 Bruno Latour: philosophe et anthropologue, Professeur à Sciences Po et professeur associé à la London School of Economics (LSE)