N°112
Merveilleux vivant

6,50

Date de publication : 04-05-2017
Rédacteur : Eliane Anglaret
Fonction du rédacteur : Présidente de Nature & Progrès

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Description

Après avoir vu quelques films sortis récemment, au ton optimiste et qui font du bien, se replonger dans la biographie de René Dumont(1) ou dans quelques articles ou conférences sur la biodiversité plombe notre moral. Déjà, au début des années 70, René Dumont nous alertait sur les risques d’épuisement des ressources naturelles, les difficultés d’accès à l’eau, la gravité de la pollution due en particulier à l’urbanisation galopante, les gaz à effet de serre responsables du réchauffement climatique. Cette figure emblématique des débuts de l’écologie politique des années 70, avec son pull-over rouge, sa bicyclette et son verre d’eau, a marqué la pensée écologique. Il était aussi la risée de certains. La lucidité et le langage de vérité de cet agronome et homme d’action, d’une surprenante actualité, devraient pourtant inspirer ceux qui briguent des mandats électifs. Une de ses préoccupations était l’inexorable destruction des sols avec ses conséquences sur les famines qu’aggrave maintenant la chute de la biodiversité. Même si, selon certains scientifiques, plusieurs siècles seraient encore nécessaires pour compléter l’inventaire des espèces présentes sur la planète à condition que les Etats y consacrent des moyens. Ce qui hélas, n’est pas le cas actuellement. Après les cinq grandes crises d’extinction d’espèces identifiées depuis l’apparition de la vie sur terre, la sixième se déroule actuellement et ne s’étale que sur quelques décennies alors qu’auparavant elles se sont opérées sur des milliers d’années. Les causes de cette grave érosion de la biodiversité sont bien identifiables?: agriculture intensive, urbanisation mal maîtrisée, transports, déforestation des zones tropicales (13 millions d’ha/an selon la FAO), surexploitation des ressources naturelles, pollution généralisée des milieux terrestres, atmosphériques et aquatiques, destruction des espèces, dérèglements climatiques : la liste est longue et effrayante. Nous constatons que la plupart des services rendus par la biodiversité ne sont pas le résultat de processus matériels?: ils ne sont pas substituables par des technologies humaines, contrairement à ce que certaines firmes industrielles prétendent, avec leur miraculeuse chimie de synthèse, leurs OGM, leurs nanotechnologies et autres drones ! La complexité du vivant, qui devrait faire notre admiration, résulte de multiples coévolutions et coadaptations que nous devrions impérieusement protéger. Les services et les valeurs de cette biodiversité sont l’objet de débats et de controverses au sein de la communauté scientifique et de la société civile. Ces questionnements ont ainsi rapproché scientifiques et économistes. La valeur intrinsèque des services éco- systémiques devrait renforcer nos convictions pour respecter et protéger la biodiversité, nous inciter à la développer, en refusant toutes les inégalités liées à son commerce et en espérant qu’il ne soit pas trop tard. Une étude réalisée en mars 2017 par l’IFOP, respectant les principes scientifiques et déontologiques de l’enquête par sondage pour le compte d’Agir pour l’Environnement (2), montre que 90?% de nos concitoyens sont favorables à une transition agricole et alimentaire plus respectueuse de l’environnement, 86?% favorables à une interdiction progressive, d’ici 2025, de l’emploi des pesticides dans l’agriculture française et 67?% ne sont pas favorables aux fermes-usines. A Nature et Progrès, depuis 1964, nous œuvrons dans ce sens. L’État français et l’Europe voudraient bien nous exclure de l’agriculture biologique que nous avons contribué à porter sur les fonts baptismaux (et à largement diffuser auprès de nos concitoyens)?; ils ignorent que le terme «résistance» est inscrit dans nos gênes?!
1- René Dumont, Une vie saisie par l’Ecologie- Jean Paul Besset – Au vif – Ed. Stock. 2- Agir pour l’Environnement?: Association nationale de mobilisation citoyenne en faveur de l’environnement, en particulier avec des campagnes d’alerte (été 2016?: les nanotechnologies).