N°114
QUESTIONS D ELEVAGE

6,50

Date de publication : 09-10-2017
Rédacteur : Eliane Anglaret
Fonction du rédacteur : Présidente de la fédération

Sommaire :

Rupture de stock

UGS : 123 Catégorie :

Description

À peine refroidies les braises de la grippe aviaire, que couvent celles des œufs contaminés au fipronil. Cet insecticide de synthèse a déjà fait parler de lui : dès 1997, un comité antipoison avait signalé des intoxications. Rebelote en 2004 où ce produit fut accusé de tuer indistinctement les insectes dits « inutiles » et leurs congénères « utiles », dont les abeilles. Cette fois, l’Etat Français avait suspendu partiellement son utilisation, seulement sur certaines cultures. La liste des crises et des scandales s’allonge, avec à chaque fois les mêmes ingrédients : absence de traçabilité, opacité, agro-industrie et grande distribution imposant leurs normes et leur silence, marchés dérégulés… Le tout sur fond de discours anesthésiants : braves gens, dormez sur vos deux oreilles, ce n’est pas dangereux ! Nous sommes réduits à dénoncer, une fois de plus, cette agro-industrie qui détruit notre agriculture, notre nourriture et la santé des populations dans le seul but d’accumuler de l’argent. Il y aura d’autres scandales alimentaires tant que nos gouvernants seront incapables de les affronter et manqueront de courage politique pour réformer les systèmes agricoles, agroalimentaires et commerciaux à l’origine de ces crises ! Un autre sujet d’inquiétude, moins médiatique celui-là, concerne les débris de plastique (1). Troisième matériau le plus fabriqué après le ciment et l’acier (2), ses déchets provoquent une pollution marine très préoccupante. Jusqu’aux endroits les plus reculés, ils menacent la faune marine qui les ingère. Le taux de recyclage des plastiques est négligeable, mais imagine-t-on un monde sans plastique? Les plus anciens d’entre nous l’ont pourtant connu ! Malgré ses tentatives de recyclage et d’économie circulaire, notre société de consommation avec son ère du tout jetable n’est pas encore morte. Derrière la fabrication du plastique, il y a du pétrole, matière première non renouvelable. Combien d’années et d’actions citoyennes d’alerte faudra-t-il pour que ce problème majeur soit enfin pris en compte ? Même s’il commence à pointer le nez, le commerce du vrac est encore très balbutiant, alors qu’il peut contribuer à réduire et réutiliser les emballages. Les schémas, les certitudes des systèmes économiques du siècle passé ont la vie dure. Toutefois, il faudra compter avec les forces de contestation affichées par de nombreuses organisations de la société civile et leurs capacités de résilience. Elles étaient visibles et palpables aux 30 ans de la Confédération Paysanne, fêtés dignement dans les prairies de la commune d’Alloue, en Charente-Limousine, les 19 et 20 août derniers : débats, ateliers, concerts, rencontres intergénérationnelles… Et aussi un marché paysan réunissant beaucoup de jeunes producteurs audacieux et convaincus de leur engagement. Défendant un projet de société nourri aux seins de l’écologie et des alternatives à l’agro-industrie – dont est issu l’altermondialisme ! – ce mouvement propose la construction d’un monde agro-écologique pour une alimentation de qualité, accessible à tous; ce projet a regroupé, séduit et enthousiasmé de très nombreux visiteurs. Un regard dans le rétroviseur, et on se retrouve comme hier à transformer le monde et réfléchir ensemble sur l’avenir de la planète et de l’humanité, quel vaste programme ! Il y a du pain sur la planche mais c’est stimulant. Le village associatif illustrait l’ampleur des défis à relever, la nécessité de travailler ensemble avec les citoyens soucieux de leurs territoires et de leur santé, pour eux-mêmes et les générations futures. Cessons de copier les erreurs du siècle passé pour répondre aux attentes des populations, et aussi des producteurs en facilitant l’accès aux ressources (terre, eau, semences…) pour une vie digne pour tous afin de sortir des impasses dans lesquelles nous ont conduits les industriels de l’agriculture, de la chimie, de l’alimentation et de la distribution. Le projet qui nous rassemble : des paysans (et paysannes !) nombreux, des campagnes dynamiques, vivantes et attractives.

Notes : 1- Article de Clémentine Thiberge – Le Monde du 21-07-2017 2- Environ 8,3 milliards de tonnes produits depuis 1950 et l’équivalent en poids de 822 000 tours Eiffel