N°116
Technosociété et libertés

6,50

Date de publication : 01-03-2018
Rédacteur : Eliane Anglaret
Fonction du rédacteur : Présidente de Nature & Progrès

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Description

En ce début d’année 2018, nous nous réjouissons d’apprendre que la consommation de produits bio a augmenté de 20 % en 2017 et de 278 % depuis 9 ans. Un mouvement de fond qui questionne le modèle alimentaire dominant, révèle l’aspiration des citoyens à manger mieux, autrement et à abandonner certaines méthodes du passé. Nous nous réjouissons aussi du renoncement de l’Etat au projet d’aéroport de Notre-Dame-des-Landes (NDDL), vieux d’un demi-siècle, fruit d’une résistance populaire puis d’une médiation de quelques mois. Mais les critiques à propos de cet abandon pleuvent, les pro-aéroport crient au déni de démocratie et les questions sur le devenir de la ZAD (Zone à Défendre) ne sont aucunement réglées. C’est peut-être cette deuxième manche qui sera la plus difficile à conduire. Des organisations locales, nationales, des associations, des syndicats, des personnalités, … ont proposé les bases de solutions s’appuyant sur les recommandations du rapport des médiateurs, sur le règlement collectif des terres du Larzac vendues à l’Armée avant l’annulation du projet d’extension du camp militaire en 1981. Un montage juridique astucieux régla la gestion des 6300 ha disponibles (expropriations annulées, terres de certains agriculteurs récupérées, …) sous forme d’une société civile. Les habitants du plateau se sont chargés de les mettre en valeur et en 2013, le bail emphytéotique a été renouvelé jusqu’en 2083 ! Le devenir de la ZAD de NDDL pourrait se résoudre avec la notion de « communs » 1. Idée héritée des « communaux » du Moyen Age (histoire encore si vivante dans tant de villages !) qui ne repose pas sur le mythe de la propriété individuelle, mais sur l’usage. Cette notion de « communs » permet de sortir d’une vision binaire pour aller vers celle d’une gestion commune par les citoyens. Peut-on imaginer pour ces terres de NDDL 2 une solution dans l’esprit de celle du Larzac et que les habitants actuels puissent continuer la mise en valeur déjà bien en route ? Peux-t-on imaginer que la ZAD devienne un lieu de production agricole respectant le bocage et le vivant, la biodiversité sauvage si riche, le vivre ensemble même si on est différent ? De belles expériences d’alternatives porteuses de créativité et de solidarité s’y sont développées. ‘Un plan de sortie heureux pour le conflit ‘ 3 est concevable, nous espérons que nos dirigeants en auront le courage. Nos espoirs concernant NDDL sont un peu assombris par le dernier scandale en cours : l’affaire des laits infantiles contaminés par des salmonelles qui a contraint Lactalis à rappeler des milliers de tonnes de produits. Malgré ce rappel, certains distributeurs ont continué à les vendre, y compris des pharmacies. Le 1er groupe laitier français aurait passé sous silence des tests internes positifs à la salmonelle. Que vaut notre santé quand la rentabilité est le premier objectif ? Des zones d’ombre persistent tant dans la fabrication que dans la distribution des produits alimentaires. L’Etat n’est peut-être pas tout blanc ; dirige-t-il vraiment les moyens disponibles aux bons endroits ? Ce nouvel épisode accroitra la méfiance des consommateurs vis-à-vis de la filière agro-alimentaire. Comment ne pas éprouver de la colère face à ces scandales que nous subissons des géants industriels et de la grande distribution ? Un autre scandale se poursuit sans bruit, celui du traitement des autorisations des plantes transgéniques par l’Union Européenne. Il révèle la mauvaise foi des entreprises qui ne fournissent pas toujours les éléments scientifiques permettant d’évaluer véritablement les risques associés à ces plantes. Que les décisions des experts européens se prennent sur ces bases tronquées fait froid dans le dos ! L’abandon du projet de Notre-Dame-des-Landes nous montre que la société civile est forte quand elle s’unit face aux effets pervers du mantra néo-libéral. Souhaitons pour 2018 plus de justice, espérons que ce ne soit pas des vœux pieux. Continuons inlassablement à mettre en lumière les dérives tout en développant et en soutenant les alternatives respectueuses de nos valeurs.