A la une
N°122
Santé naturelle : mais pourquoi tant de haine ?

6,50

Sommaire

Bio-portrait : Jean-Noël YVON, paysan de la mer
Société : OGM, relaxe définitive des Faucheurs volontaires dans le procès de Dijon
Appel : Pour une Journée mondiale de l’élevage paysan et des animaux de ferme
Dossier : Homéoverdose ou l’histoire d’une fronde contre les médecines alternatives
Dossier : Quelle médecine pour demain ?
Dossier : Paysans-herboristes, vers une réappropriation des savoirs
Initiative : Pain décroissant, livres et café épicerie, une recette de coopération conviviale
Les plantes et nous : les laitues
Jardinage : chronique des semences, 3e partie
Agenda et petites annonces

 

 

UGS : 1000 Catégorie :

Description

Edito d’Eliane Anglaret

Prenant acte de la passivité – fille de la surdité – et de l’inconscience des gouvernants face aux dérèglements climatiques et leurs dramatiques conséquences sur la survie de l’humanité, de nombreux étudiants, lycéens et même collégiens se mobilisent.

Initié par la jeune suédoise Greta Thunberg qui, la première, a manifesté seule devant le parlement de Stockholm, en “séchant” les cours, ce sursaut écologique de la part de la jeunesse a essaimé un peu partout dans le monde. Greta s’est rendue à la 24e conférence des Nations Unies sur le climat, en Pologne, où elle a impressionné par un discours touchant et bien argumenté. Invitée au forum de Davos, elle a préféré le train à l’avion, trop polluant. La jeune militante écologiste y a exhorté les adultes de la planète à se réveiller. Le 22 février, environ un millier d’étudiants et lycéens ont manifesté à Paris, en sa présence, afin que la lutte contre le dérèglement climatique devienne une priorité politique.

En octobre 2018, à la suite du rapport alarmant du GIEC1, des étudiants de grandes écoles2 publient un manifeste constatant que nous continuons notre trajectoire vers la catastrophe environnementale, compromettons la poursuite des activités humaines et n’intégrons pas la finitude des ressources. Ils mettent en cause le fonctionnement actuel de nos sociétés fondé sur la seule croissance du PIB en invitant à changer radicalement de cap.

Des étudiants et des lycéens déterminés optent, depuis février, pour la reconduite, chaque vendredi, d’une “grève climatique”. Ils déclarent “nous continuons le plus grand mouvement des jeunes pour l’environnement de l’histoire” et crient : “Et un, et deux, et trois degrés, c’est un crime contre l’humanité”. Entre 150 et 200 villes suivent le mouvement.

À la mi-mars, quatre ONG3, fortes de deux millions de signatures de la pétition ” l’Affaire du siècle”, déposent une requête contre l’Etat auprès du tribunal administratif de Paris pour “Inaction climatique”. Quel effet aura-telle?

Les alertes ne manquent pas, les enfants sont les premières victimes des pollutions, en particulier celles de l’air. Par exemple, à Paris, la qualité de l’air extérieur relevé par l’association “Respire”, près des établissements scolaires et de petite enfance, révèle des taux inquiétants de particules fines et de dioxyde d’azote, marqueurs du trafic routier très dense. Cette exposition des enfants, plus vulnérables face aux effets de la pollution, explique l’explosion des maladies chroniques et l’afflux aux urgences lors des pics de pollution. Les autres grandes agglomérations ne sont pas épargnées, dans certaines, le niveau atteint est même parfois “illégal”.

Avec l’actualité le feuilleton “glyphosate” connaît un nouvel épisode. Monsanto vient d’essuyer une autre défaite devant la justice fédérale américaine. Un plaignant ayant utilisé le glyphosate pendant presque trente ans a contracté un lymphome non hodgkinien et porté plainte. Monsanto a perdu le procès et vient d’être condamné, le 27 mars, à lui verser plus de 80 millions de dollars. Cette décision a été saluée par un plongeon en bourse de l’action Bayer. En classant le glyphosate “cancérogène probable” en mars 2015, le Centre international de recherche sur le cancer (CIRC)4 a déclenché une vague de plaintes (environ 11 000 affaires) en cours de procédure aux Etats-Unis. En France, des “faucheurs volontaires”, découvrant une présence élevée de cette molécule dans leur urine ont porté plainte. La campagne de collecte et d’analyse des « pisseurs de glyphosate » se poursuit pour pousser l’Etat à agir.

Ne nous laissons pas gagner par la désespérance. Les réactions de la jeunesse par rapport au climat, les initiatives nombreuses et variées, tous les îlots de résistance qui aspirent à faire modèle, fissurent le système dominant et nous encouragent à “réinventer les possibles” 5. Les pionniers du commerce équitable en sont l’illustration ; ils ont choisi la forme associative ou coopérative. Ces initiatives citoyennes, paysannes… sont les ferments d’autres modèles qui ne sont pas sur le registre productiviste. Nature et Progrès y apporte sa petite pierre.

1- GIEC: Groupe d’experts Intergouvernemental sur l’Evolution du Climat
2- https://pour-un-reveil-ecologique.fr/ – HEC, Agro Paris Tech, Sciences Po, Ecoles Normales Supérieures et Polytechnique.
3- Oxfam France, Greenpeace, Notre affaire à tous et la Fondation Nicolas Hulot.
4- CIRC: une agence de recherche sur le cancer de l’OMS, basée à Lyon.
5- Politis- Construire la société des communs.