N°127
L’accaparement des terres

6,50

Sommaire

5  Edito d’Éliane Anglaret

7 brèves

Le confinement, par Jef 

8     appel

À l’Union nationale,
nous préférons la Solidarité nationale

Face à la rhétorique militariste émergeant par ces temps de pandémie de Covid-19 et de confinement, de nombreuses personnalités appellent à l’entraide et à l’auto-organisation.

10 bio-portrait

Un peu du Cantal au cœur de la Lorraine belge, à la Ferme du Muselbur

Sébastien Noël s’est lancé, il y a quatre ans, dans l’élevage de vaches Aubrac. Optant pour la mention Nature & Progrès Belgique, il renforce ainsi l’approvisionnement des wallons en viande de qualité.

12 témoignage

Le mouton Ardennais tacheté

Deux jeunes éleveurs, Camille Venayre et Théophile Stévenot, ont adopté les derniers spécimens de moutons tachetés ardennais sur leur ferme. Ils nous expliquent leurs motivations pour sauver ce petit mouton rustique.

14 entretien

Stefano Mancuso réinvente le dialogue entre les hommes et les plantes

Pour le neurobiologiste italien, ce n’est pas parce que les plantes n’ont pas de cerveau qu’elles ne sont pas intelligentes…

18 société

Le choc des ondes

L’association Priartem se mobilise pour informer sur les risques pour la santé d’une exposition croissante aux champs électromagnétiques artificiels due à l’usage de la téléphonie mobile, du wifi et autres objets connectés. Elle s’inquiète du déploiement annoncé de la 5G.

20 agroécologie

La ferme, l’arbre et les bestiaux

Dominante lors de l’apparition de l’élevage dans nos contrées, l’alimentation des troupeaux avec des feuilles d’arbres a régressé au fil des siècles ; ses innombrables intérêts mériteraient qu’elle retrouve une vraie place dans notre approche de l’agriculture.

 

23  Dossier

L’accaparement  des terres

Partout sur la planète, la terre est de plus en plus convoitée. Si l’Afrique, l’Amérique latine et l’ Asie sont particulièrement exposées à cette ruée aux hectares, ce phénomène d’accaparement gagne l’Europe et la France. Les puissants groupes internationaux à l’origine de ce phénomène visent uniquement l’intérêt financier de ces transactions. Au regard des conséquences gravissimes, sur les milieux, le climat, les agricultures vivrières, la sécurité et la souveraineté alimentaires, peut-on continuer à traiter la terre comme un simple objet de spéculation ?

24          
Les accaparements de terres : une menace économique et sociale globale

29          
La nouvelle financiarisation de la fourchette et de la fourche ?

31          
L’accaparement des terres est criminel

34          
Terre de Liens pour la préservation des terres agricoles et l’installation paysanne en agriculture biologique

36          
Une commune bretonne impose l’agriculture bio et paysanne à 400 propriétaires

39
point de vue

Leurs virus, nos morts

Selon Pièces et Main d’Œuvre (PMO), un collectif d’écologistes anti-industriels se qualifiant  de « Chimpanzés du futur », les « maladies émergentes » sont les maladies de la société industrielle et de sa guerre au vivant.

41
opinion

À guichets fermés

Ce texte d’usagers en colère appelle à accroître notre vigilance sur la dématérialisation des services publics et ses conséquences, plus que d’actualité à l’heure du confinement et du télétravail.

42
mobilisation

Ces OGM que l’on nous cache… Une belle victoire citoyenne au Conseil d’État

Une décision du Conseil d’État confirme la décision de la Cour de justice de l’Union Européenne de considérer les VrTH (Variétés rendues tolérantes à des herbicides) comme des OGM… Explications.

43
les plantes et nous

Le fenouil

44
jardinage

Des plantes comestibles sauvages pour s’alimenter demain (2ème partie)

47
cuisine

Les recettes bio-gourmandes de Valérie Cupillard : les graines de tournesol

48           Librairie par correspondance

49           Livres, vidéos, CD,

50          
Petites annonces et abonnement à la revue

 

UGS : 1000-1-1-1-1 Catégorie :

Description

Edito du dossier spécialisé

L’accaparement des terres

Les leçons de la pandémie ne se sont pas fait attendre. Elles remettent les priorités – se nourrir, se soigner, se loger – à leur juste place et démontrent une énième fois l’inaptitude de nos sociétés occidentales à répondre aux besoins les plus fondamentaux des humains qu’elles sont supposées accompagner et soutenir…

Dans la tourmente, nos gouvernants comprennent soudain la nécessité de redonner à l’hôpital la place essentielle qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’occuper. Ils se rendent compte combien il est inepte de dépendre de la Chine ou des États-Unis pour nos produits de santé. Mais pendant qu’ils mesurent, à marche forcée, l’état de dégradation dans lequel il ont abandonné ce service public vital, leur réflexion sur les dégâts de la mondialisation semble s’arrêter là. Concernant l’alimentation, un domaine non moins crucial : rien, nada, aucune analyse ! Pire, au lieu de s’interroger sur la question de notre souveraineté alimentaire, ils concentrent leurs efforts sur le bon fonctionnement de la grande distribution. Ces brèches qu’ils observent sur notre système de santé, ils les occultent s’agissant de nos approvisionnements en nourriture. Et pourtant, qu’adviendra-t-il si le flot des fruits et légumes issus de la mer de plastique espagnole cesse d’inonder nos supermarchés pour cause de fermeture des frontières et manque de main d’œuvre étrangère ? L’aveuglement de nos élites coûtera-t-elle à la France ses derniers paysans, ceux-là mêmes qui représentent pourtant LA solution à l’essentiel de nos problèmes ?

Car il s’agit bien de cela. Y compris d’ailleurs en termes de santé. Celle-ci ne commence-t-elle pas avec l’alimentation ? L’avenir ne pourra se construire que sur une production alimentaire saine, relocalisée et parfaitement respectueuse des hommes et des milieux, une réalité qui n’existera pas sans installer de nombreux paysans. Tout le contraire en somme de ce qui est à l’œuvre actuellement, comme en témoigne l’inquiétant phénomène d’accaparement des terres qui ne concerne plus seulement l’Asie, l’Afrique ou l’Amérique du Sud, mais désormais l’ensemble du globe. En 2008, l’ONG Grain nous alertait sur l’amplitude de ce phénomène ; mais la volatilité des actifs financiers révélée par la crise boursière, cette année-là, paraît l’avoir encore accéléré. Depuis, la terre semble être devenue une valeur refuge à laquelle les fonds d’investissement s’intéressent dangereusement. Or, leur recherche de dividendes ne s’accommode guère de l’intérêt du plus grand nombre, ni de celui de la planète.

La question est si prégnante qu’en 2018, le foncier agricole a fait l’objet d’un rapport d’information parlementaire. Si l’urbanisation et l’enfrichement croissants des terres agricoles y sont apparus centraux, les rapporteurs (1), adoptant un ton assez alarmiste, y signalent clairement qu’il faut « prendre la mesure des menaces qui pèsent sur la terre, ressource convoitée et négligée ». On y apprend notamment qu’ « en France, les craintes quant à un accaparement des terres ont été révélées par l’achat de 1 700 hectares de terres arables en 2016, dans le département de l’Indre, par un consortium chinois ». Et que « d’autres acquisitions ont eu lieu depuis sur des terres céréalières ». Le rapport signale enfin que « depuis plusieurs années, plusieurs centaines de vignobles dans le Bordelais et récemment en Bourgogne sont devenus la propriété d’investisseurs, souvent étrangers ». L’inquiétude y est manifeste. Pour ces rapporteurs, « le développement de l’accaparement introduit une forme de concurrence déséquilibrée pour l’accès à la terre, ainsi que des pratiques agricoles peu durables et préjudiciables aux sols ».

On le voit, côté politique, le thème est sur la table, et cette fois sans trop de biais. Si après la pandémie nos dirigeants ne prennent pas la mesure des enjeux, gageons que la société civile, elle, aura perçu le danger. Et qu’elle ne se laissera sans doute plus déposséder à ce point de ce qui est vital pour elle. D’autant moins que derrière cette question de l’approvisionnement alimentaire, celle du climat guette, avec une même réponse : l’urgence de développer sur notre territoire de nombreux paysans pratiquant leur art sans impacter le vivant dont nous dépendons tous ; pour ne pas dire… dont nous sommes !

Nelly Pégeault

 

Note 1 : Mme Anne-Laurence Petel, du groupe La République en marche et M. Dominique Potier, du groupe Socialistes et apparentés.