N°34
Pierre Rabhi : homme de coeur pour paroles de Terre

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Date de publication : 03-04-2002
Rédacteur : Didier Guilet
Fonction du rédacteur : Président de la Fédération Nature & Progrès

Sommaire :

Débat : Pour ou contre le retour des grands prédateurs ?
Bio-portrait : Pierre Rabhi : homme de cœur pour paroles de Terre
Enquête : l’administration ne répond plus
Rencontre avec Agnès Bertrand
Société : Cernés par Vivendi
Végétal : les Agrumes
Elysée Padilla cuisine les agrumes
Dossier : Poissons transgéniques, est-ce bien raisonnable ?
Initiative : Voyage à Madagascar

UGS : 4 Catégorie :

Description

Un loup est sorti du bois, ce 8 janvier 2002, et il est bien plus inquiétant que ceux qui hantent les contes et légendes de nos enfances. Car celui dont je vous parle est totalement anthropomorphe, c’est un loup-garou !
De jour il porte beau, sa description est la suivante : ‘agriculture économiquement viable, saine pour l’environnement et socialement équitable”. De nuit, son aspect sympathique s’estompe, car non ! Ce n’est pas de l’agriculture biologique dont il s’agit, mais de l’agriculture raisonnée !
Attendue depuis longtemps, elle est née officiellement lors d’une séance du CSO*, présidée par le Ministre de l’agriculture. Elle se veut globale, d’un contenu ‘exigeant et équilibré’ et vise ‘à renforcer les impacts positifs des pratiques agricoles sur l’environnement et à en réduire les effets négatifs”. Il y a, hélas, fort à craindre que, dans la réalité de son application, elle ne satisfasse pas à ce beau programme…
Globalement les prescriptions sont correctes, mais rappellent (pour les plus lourdes de conséquences) des obligations déjà réglementaires : ne devraient-elles pas être tout simplement et systématiquement obligatoires ?
Ce texte ne mentionne pas l’éventualité de l’utilisation, à fin commerciale, des OGM, et tout socialement correct qu’il se prétende, ne prévoit donc pas le respect du droit du voisin à ne pas être pollué par ces cultures.
En gros, par la valorisation qu’ils tireront de leur adhésion à ce programme, les pollueurs vont être les payés, encore une fois !
Pour tout dire, le problème est ailleurs que dans le contenu, il est dans la philosophie de la démarche. Le CSO précise bien que : ‘L’agriculture raisonnée est une démarche globale d’exploitation, et ne doit pas être confondue avec les signes officiels de qualité, dont la bio, qui concernent des produits”.
Les producteurs bio se retrouvent les dindons d’une farce amère !
Pratiquant de longue date une agriculture respectueuse de l’environnement et des consommateurs, ils se voient dépossédés du bénéfice de leur labeur. Pire, ils ne pourront pas bénéficier de la communication institutionnelle qui va se mettre en place pour promouvoir cette nouvelle ‘agriculture globale”, à laquelle ils ne voudront pas adhérer tant elle est régressive par rapport à leur compétences ordinaires.
Le piège de la certification ‘ agriculture biologique “, orientée ‘ tout produit ‘ par la réglementation, se referme sur ses promoteurs principaux, les producteurs : c’est dommage. Cela conforte l’analyse de Nature et Progrès qui s’attache depuis toujours aux aspirations des hommes plutôt qu’aux produits. Et vous savez quoi ? Ce n’est pas toujours agréable d’avoir raison !

*CSO : Conseil Supérieur d’Orientation et de Coordination de l’Economie Agricole et Alimentaire