N°37
Sauver les médicinales

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Date de publication : 09-10-2002
Rédacteur : Guy Kastler
Fonction du rédacteur : Président du syndicat des producteurs Nature & Progrès

Sommaire :

Débat : pour ou contre le diesel
Bio-portrait : l’inculpé bio de Valence
Enquête : Sauver les médicinales
Initiative : Biolait, une entreprise bio solidaire
Végétal : raconte-moi un champignon
Elysée Padilla cuisine les champignons
Enquête : fruits et légumes bio, la soupe à la grimace
Dossier Pesticides : le vernis craque
Bio-construction
Marjolaine : demandez le programme !
Interview : le procès de Foix

UGS : 7 Catégorie :

Description

Le marché contre la bio.

Le 24 juin dernier, deux cents agriculteurs manifestaient à Rennes pour dénoncer la baisse des cours, la mévente de leurs produits et la concurrence déloyale de pays qui distribuent plus de subventions qu’ils n’en reçoivent eux-mêmes. Il ne s’agissait pas de surproducteurs chroniques gavés de ‘soutiens publics’ à l’exportation de leur malbouffe polluante, mais de paysans bio. Quelle mouche les a piqués en ces temps où, de l’avis de tous, la production bio ne répond toujours pas à la demande ?
Depuis quelques mois, les opérateurs qui dominent le marché ont décidé de jouer les importations pour casser les prix et surtout les outils économiques solidaires patiemment construits par les producteurs bio. BIOLAIT est particulièrement visé.
Ce groupement est né en développant dans l’économique les lois de la vie : les échanges complémentaires, la diversité, la souplesse, l’adaptation, la solidarité. Ses adhérents cultivent les mêmes lois pour développer la vie des sols, des plantes et des animaux de leurs fermes. C’est ce qui fait la qualité de leur production comme le montre si bien Bernard BERTHET (voir article p 18 et 19).
A l’opposé, la puissance économique ne peut exister sans une croissance incessante, qui uniformise tout ce qu’elle domine, en tuant toujours l’autre – le concurrent – jusqu’au jour où il n’y a plus ‘d’autre’ et où le monopole s’effondre sur lui-même n’ayant plus rien à conquérir.
L’agriculteur qui se soumet au marché produit toujours plus et toujours moins cher. Il se spécialise et s’agrandit en tuant son sol, les ‘mauvaises’ herbes, les insectes, les microbes, en éliminant son voisin après avoir tout empoisonné à coup de pesticides : il finit par en mourir lui-même.
Depuis quelques années, la bio française a voulu croître en développant sa puissance économique pudiquement baptisée ‘organisation de la filière”. Avec la bénédiction et les subventions de l’Etat, tout fut misé sur la grande distribution : les plate-formes de distribution ont remplacé les circuits courts et la conquête de nouveaux marchés à l’exportation a justifié l’envolée des importations à bas prix. Biolait aussi n’a cessé de grossir. Les esprits se sont déformés au point que la vente directe, pourtant toujours très importante en bio, a disparu des statistiques officielles(1). Le mirage a ébloui… jusqu’au jour où les plus forts sur le marché ont rappelé leurs lois : dénonciation des prix proposés par les producteurs, menaces sur ceux qui achètent aux producteurs organisés, envol des importations.
Grossir encore nos structures pour exporter au prix de gaspillages énergétiques outrageusement subventionnés, baisser nos prix à coups de dérogations illimitées à nos cahiers des charges, ‘traçabiliser’ la filière à coup de normes industrielles qui tuent les petits producteurs, bref ‘raisonner’ la bio est la seule perspective que nous offre le discours dominant et les ‘aides’ qui le rendent persuasif.
Ne ferions-nous pas mieux de prendre acte de l’incompatibilité de la bio avec le système économique mortifère actuel en développant des initiatives économiques solidaires, diversifiées mais toutes à échelle humaine ? Obtenir une protection efficace des approvisionnements de proximité, une rémunération à son juste prix des services rendus par chaque agriculteur bio en terme de santé des hommes et de la terre et une solidarité du contribuable transparente et équitablement répartie entre tous ceux qui en ont réellement besoin, c’est-à-dire plafonnée. N’y a-t-il pas là un projet plus enthousiasmant ?

*Guy Kastler est Président du Syndicat des producteurs Nature et Progrès.
(1) : Enquête consommation présentée au dernier salon Organex.