N°42
AGCS : le nouveau péril planétaire

0,00

Date de publication : 07-08-2003
Rédacteur : René de Paulis
Fonction du rédacteur : membre du Conseil d’Administration de Nature & Progrès

Sommaire :


Débat : Pour ou contre un label bio pour les aliments destinés aux animaux de compagnie ?
Bio-portrait : Pierre Fabre, le lecteur paysager
Dossier : l’AGCS : le nouveau péril planétaire
Société : Menaces sur les simples
Végétal : Les tomates
Cuisine : Elysée Padilla cuisine les tomates
Rencontre : L’endobiogénie, une autre approche de la médecine
Initiative : La survie douce
Bio : La Foire de Sermentizon
Bio-construction

Rupture de stock

UGS : 12 Catégorie :

Description

Un accord international qui concernerait presque tous les aspects de notre vie, ça n’existe pas ! Un accord international qui se négocierait entre initiés ne rendant de comptes à personne, ça n’existe pas !
Perdu ! La chose existe sous le joli nom d’ ‘Accord Général sur le Commerce des Services”, ou AGCS.
Vous avez aimé l’AMI (Accord Multilatéral sur les Investissements) qui, il y a quelques années déjà, dans des discussions feutrées, préparait le recul des gouvernements légitimes devant les intérêts financiers ? Alors vous aimerez l’AGCS !
Cet accord concerne tous les ‘services”. Il inclut tout ce qui est indispensable à l’humanité, comme la santé, l’éducation, l’eau, l’énergie, les transports, les communications, les services sociaux (couvertures sociale et santé comprises), la culture, la recherche. Pour le monde de la finance et des multinationales, il n’est pas tolérable que des services demeurent dans le domaine public alors qu’ils pourraient devenir source de profits importants : savez-vous que les ‘marchés’ de la santé et de l’éducation pourraient rapporter des milliards d’euros ? A terme, rien de ce qui est d’intérêt général ne doit pouvoir échapper à la libéralisation économique la plus sauvage, c’est-à-dire à la mise en concurrence sur le marché mondial.
Dans le cadre feutré de l’OMC (Organisation Mondiale du Commerce, dirigée principalement par des multinationales), tout est opaque et se trame à huis clos. L’objectif général est de libérer de la moindre contrainte tout ce qui pourrait constituer un marché. Les Etats se verraient interdire toute réglementation protectrice de la santé ou de l’environnement par exemple, aussi bien que toute protection sociale pouvant gêner le profit.
Dans la plupart des pays, le texte du projet devra quand même être voté par les parlements. Une garantie pour les citoyens ? Rien n’est moins certain : la technique consiste à communiquer aux élus, quelques jours avant le vote, un document plus épais qu’un dictionnaire ! Aux USA, le groupe de Ralph Nader (1) a proposé une forte récompense à tout sénateur capable de répondre à dix questions précises sur un projet d’accord établi dans le cadre de l’OMC. Un seul, républicain, a relevé le défi. Il a ensuite précisé qu’il avait lu en détail pour la première fois ce genre de texte et qu’il en était tellement scandalisé que, pour la première fois aussi, il voterait contre et ferait campagne en ce sens. Edifiant !
Si par malheur nous ne parvenions pas à motiver nos élus, nous risquons de nous diriger très vite vers un monde qui nous fera horreur :
– Fini, le facteur qui apporte chaque jour le courrier jusqu’au fond des campagnes : il faudra aller le chercher.
– Fini, le blessé toujours sauvé au bord de la route : il conviendra de disposer auparavant de la bonne assurance.
– Fini, l’enfant bénéficiant de l’école gratuite : seuls les plus riches pourront suivre un enseignement long et de qualité.
– Finies, les retraites d’un niveau correct, dans un système également ouvert à tous : les fonds privés joueront en bourse contre les salariés, artisans ou petits commerçants et paysans, puis feront parfois faillite laissant des personne âgées sans le moindre revenu.
– Fini, l’hôpital ouvert à tous : les soins privés sont réservés à ceux qui peuvent les payer.
– Finis, les contrôles tatillons sur la qualité de l’eau et son accès pour tous ou la qualité de l’air : ces contraintes auront disparu car elles gênent le profit.
– Finis, la protection des handicapés, le droit du travail, la déjà trop faible protection de l’environnement, les normes de sécurité…
J’exagère ? Renseignez-vous, et vous constaterez vite que je reste en deçà de ce qu’on nous fabrique en douce.
L’AGCS, comme l’ensemble des actions de l’OMC, c’est malheur aux faibles, malheur aux pauvres, aux petits. C’est la fin d’une société allant vers plus d’équilibre, de justice, d’égalité.
C’est la fin de la ‘Bio”, victime de multinationales de l’agrobusiness triomphant.
Nous pouvons y échapper, et à nouveau espérer un monde plus agréable, si nous savons nous grouper et nous battre jusqu’à faire disparaître l’AGCS et même l’OMC.

(1) Ralph Nader fut numéro 3 aux dernières élections présidentielles étasuniennes