N°43
L’eau : un enjeu vital

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Date de publication : 09-10-2003
Rédacteur : René de Paulis
Fonction du rédacteur : Membre du CA de Nature & Progrès

Sommaire :

En question : Le dessalement de l’eau de mer
Un auteur : La pétrolisation de l’eau
Dossier : L’eau, un enjeu vital
Végétal : Les aubergines
Cuisine : Elysée Padilla cuisine les aubergines
Chronique des producteurs : Les semences boulangères
Société : Les Amérindiens de Guyane, bientôt un nouveau produit touristique ?
Rencontre : Nicanor Perlas
Bio-construction : Les toilettes sèches à compost
Les conférences de Marjolaine 2003

UGS : 2 Catégorie :

Description

Dans de nombreuses régions de la planète, l’eau fait l’objet d’une quête qui occupe une grande partie du temps, tellement elle reste rare, et souvent impropre à la consommation.
En Europe, si la quantité d’eau disponible ne pose que rarement de problème en l’état actuel, nous pourrions bien avoir de mauvaises surprises dans l’avenir en raison des probables modifications climatiques entraînées notamment par l’effet
de serre.

Il n’en va pas de même de la qualité de nos ressources en eau, qui s’est gravement dégradée au cours des dernières décennies. Le passé n’était pas pour autant merveilleux : il suffit pour s’en convaincre d’évoquer les grandes épidémies d’origine hydrique qui défrayèrent la chronique jusqu’au XIX ème siècle. On pouvait cependant espérer une évolution positive en raison de l’avancée des connaissances scientifiques et technologiques. Il n’en fut rien.

La marchandisation du monde n’a pas épargné l’eau, pourtant bien commun de l’humanité. Bernard Maris (professeur d’économie à Paris VII, un des meilleurs économistes européens selon Bruxelles) appelle souvent ‘syndrome Microsoft’ le système consistant. à installer un péage privé sur ce qui était jusqu’alors gratuit ou géré collectivement. C’est le cas avec l’eau, passant presque partout sous la coupe de multinationales comme Vivendi-Générale des Eaux, Lyonnaise des Eaux-Suez, ou Bouygues. Cette marchandisation entraîne le même effet pervers que dans d’autres secteurs : au lieu de lutter contre les pollutions, on préfère dépolluer, d’autant plus que les ‘traiteurs d’eau’ sont parfois ceux-là mêmes qui génèrent les pollutions. Les profits sont doubles, au détriment de la collectivité. Des multinationales fabriquent les produits les plus polluants et/ou tiennent le marché des traitements de l’eau. Beaucoup d’élus locaux, par facilité, copinage, ou appât du gain, sous-traitent à ces entreprises les réseaux d’eau que leur ont confiés leurs administrés, voulant ignorer que, là comme ailleurs, la gestion publique demeure plus performante que la gestion privée.

Pollution galopante, absence de prévention, soumission d’un bien collectif au marché, le tableau semble bien noir. Peut-on imaginer inverser les choses ? Certainement, sous réserve de s’en donner les moyens, principalement par la mobilisation :

– En luttant contre la marchandisation du monde. Ce qui est bien collectif doit le rester et n’être jamais soumis au profit mercantile. Nos élus ont normalement pour mandat de représenter l’intérêt général : à nous de faire pression pour qu’ils respectent ce mandat.

– En luttant contre les gaspillages, toujours coûteux, parfois dangereux (notamment en période de sécheresse). Est-il logique de laver des voitures ou d’arroser des pelouses avec une eau dont la potabilisation se révèle aussi onéreuse ? Est-il concevable de grever les ressources en eau pour arroser les cultures les plus polluantes et les moins utiles, telles le maïs ? Mais il est vrai que ce procédé désastreux est fortement encouragé par des primes agricoles… Nous devons exiger la modification d’un pareil dispositif.

– En luttant préventivement contre la pollution des eaux, et notamment contre l’agriculture intensive qui en constitue la source majeure, mais aussi contre les pratiques abusives de nombreux particuliers et services publics. En effet, si les pollutions industrielles et domestiques ont évolué très favorablement depuis plus de trente ans, les pollutions agricoles nous conduisent au désastre.

La solution la meilleure est pourtant connue : elle s’appelle Agriculture Biologique. Une idée que nous faisons avancer depuis quarante ans. Plus nous serons nombreux, plus nous aurons de chances d’aboutir avant qu’il ne soit trop tard.