N°47
La condition paysanne

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Date de publication : 05-06-2004
Rédacteur : Guy Kastler
Fonction du rédacteur : chargé de mission Nature & Progrès

Sommaire :

Débat : pour ou contre la réforme de la PAC
Bio-portrait : les 40 ans de Nature & Progrès
Dossier : le droit à la terre
Témoignage : un arpent de vigne à chacun, un vigneron pour tous
Découverte : Mauritanie, la symphonie du vivant
Végétal : les fleurs comestibles
Chronique des producteurs : la créativité et la biodiversité hors la loi
Enquête : colère noire au pays de l’or blanc
Initiative : les AMAP de l’espoir
Société : la bio dans les lycées agricoles ?
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Description

Etre paysan, c’est faire partie de ces hommes et femmes qui, dans l’imaginaire collectif de nos sociétés artificielles, sont les derniers à avoir gardé un contact direct avec la nature.
Etre paysan, c’est aussi, sauf pour les touts petits, avoir un revenu composé majoritairement d’aides. Et plus tu es gros, plus tu produis, plus tu pollues, plus tu exportes, plus tu remplaces le travail par de l’énergie fossile…plus tu reçois d’aides ! Par contre, plus tu emploies, plus tu payes de taxes car les charges sociales pèsent sur les seuls revenus du travail et non sur les revenus financiers, spéculatifs..!
Etre paysan, c’est nourrir son prochain, c’est aussi, trop souvent, empoisonner le consommateur, l’eau, les abeilles, l’air, les sols… avec des prions, des antibiotiques, des pesticides toxiques, demain des OGM…
Etre paysan, c’est être écrasé par la grande distribution et les spéculations des marchés internationaux, et si tu veux vendre directement à tes voisins, les règlements sanitaires et fiscaux sont là pour te l’interdire.

Contre vents et marées, ils sont pourtant de plus en plus nombreux à avoir décidé de redevenir paysan, comme avant qu’on marche sur la tête. La plupart ont embrassé l’Agriculture Biologique. Leur premier principe est de n’empoisonner ni l’homme, ni la terre. Ils ont immédiatement touché moins d’aides. Ils ont dû inventer, seuls, leurs nouvelles techniques, fabriquer parfois leurs propres outils, braver la légalité pour faire leurs semences, utiliser des produits naturels souvent interdits par la loi. Ils ont construit leurs circuits de distribution, courts, directs, de proximité, la plupart du temps avec l’aide des consommateurs. Mais ils ont dû payer de leur poche le contrôle garantissant qu’ils sont les seuls à ne pas polluer.

Un jour, le Ministre a décidé de développer l’Agriculture Biologique. Il a pondu un Plan pour cela. Il fallait lutter contre « les distorsions de concurrence » a-t-il dit. En effet, tous les pays européens donnent une « aide au maintien » à leurs agriculteurs bio pour rémunérer les services environnementaux et sociaux générés par leurs pratiques, sauf la France. Au lieu de corriger cette injustice en instaurant, lui aussi, cette « rémunération de reconnaissance », Hervé Gaymard préfère baisser les exigences des cahiers des charges bio pour « diminuer les coûts » : ainsi l’Agriculture Biologique ressemblera de plus en plus à l’Agriculture des toxiques Raisonnés. L’argent, utile aux agriculteurs bio pour s’organiser au sein de leur Région, servira dorénavant à « développer les filières », c’est-à-dire l’approvisionnement de la grande distribution. La réglementation des semences bio est mise sous contrôle direct du GNIS (Groupement National Interprofessionnel des semenciers), ennemi juré des paysans qui font leurs semences et grand défenseur des OGM.

De la problématique foncière à laquelle les petits paysans sont confrontés, aux différentes actions menées pour la contourner, nous vous présentons dans ce numéro quelques initiatives réalisées par des hommes qui veulent redresser la tête et redonner du sens à leur métier. Et redevenir les garants des biens communs de l’humanité que sont l’eau, l’air, la terre, mais aussi la biodiversité végétale et animale.