N°55
Peut-on réconcilier l’économie et l’écologie ?

6,00

Date de publication : 11-12-2005
Rédacteur : Nelly Pegeault
Fonction du rédacteur : rédactrice en chef

Sommaire :


Débat : pour ou contre la taxe Tobin ?
Dossier : réunion de l’OMC à Hong Kong, les pays du sud en danger ?
Dossier : le retour des paysans, une chance pour les sociétés ?
Dossier : la Bourse ou la vie ?
Dossier : plaidoyer pour un argent vivant
Dossier : Findhorn, un écovillage de 40 ans d’âge !
Dossier : l’Ethiquet’bus, un concept original
Dossier : du bon usage des fondations
Végétal : les physalis
Jardinage
Agenda

UGS : 24 Catégorie :

Description

Peut-on réconcilier l’économie et l’écologie ? A l’heure du choix de ce thème, nous n’imaginions pas à quel point notre périodique collerait à l’actualité… Oppressée, la nature se déchaîne : Katherina et Rita aux Etats-Unis, Stan au Guatemala… Dans sa dernière lettre d’information, Pierre Rabhi nous rappelle que depuis 75, le nombre des catastrophes hydrométéorologiques a augmenté de 160% !
Alors, les paroles de Raoni, le chef des Kayapos d’Amazonie, me sont revenues puissamment à l’esprit : face à la dévastation grandissante des forêts primaires, il avait parcouru le globe en 1989 pour alerter nos sociétés ‘civilisées’ sur les risques que la destruction de la forêt pouvaient entraîner. Ce chef indien n’avait pas eu besoin de tous nos moyens de haute technologie pour prédire, 16 ans en amont, l’arrivée des cyclones : ‘ Je vous le dis, si l’homme continue de détruire la Terre, les vents vont revenir avec encore plus de force. Pas une fois, mais plusieurs fois… tôt ou tard. Ces vents vont tous nous détruire […]”
J’avais été particulièrement frappée par l’image de la vie qu’il avait évoquée, la comparant à une immense toile d’araignée dont les fils sont si intimement liés qu’une pression sur l’un d’eux fait réagir toute la toile.
La pression, nous pouvons la sentir chaque jour davantage. Elle est économique. Et sévit jusqu’à l’absurde. Prochainement à Hong Kong, l’Organisation Mondiale du Commerce (OMC) et l’Union Européenne pousseront encore les pays du Sud à pénétrer de plus belle le marché du libre échange (1). Résultat ? Des peuples déjà asphyxiés par la dette, cultiveront pour l’exportation les dernières terres qu’ils employaient auparavant à se nourrir… avec les conséquences qu’on connaît pour le Nord : prédation accélérée sur les ressources, main d’œuvre bradée, épuisement des sols etc. L’autosuffisance alimentaire est la dernière préoccupation des marchands internationaux. Elle devait être celle de l’ONU, mais comme le soulignait récemment le Président vénézuélien Hugo Chavez à propos de cette instance (2) : ‘Nous avions prétendu réduire de moitié les 842 millions de personnes affamées dans le monde pour l’année 2015. Au rythme actuel, cet objectif se réaliserait en l’an 2215, allez savoir qui d’entre nous sera encore là pour le célébrer, si tant est que l’espèce humaine parviendra à survivre à la destruction qui menace notre environnement.” Une ONU impuissante, face à une OMC omnipotente : voici un constat très révélateur des priorités de ce monde.
Tant que les lois du commerce international primeront sur le droit des peuples à se nourrir et à vivre dignement dans un environnement sain, l’économie et l’écologie seront en conflit. C’est pourquoi il est temps d’aller chercher d’autres pistes. A ce titre, la notion de décroissance, qui appelle notamment à la relocalisation (3), est d’une cohérence évidente comparée à la sacro-sainte ‘croissance’ dont les esprits simplement logiques ont déjà saisi l’obsolescence. Hier, les acteurs et promoteurs de cette nouvelle approche de l’existence passaient pour des illuminés. Mais la réalité écologique et la violence économique actuelle leur donnent raison, jour après jour. L’idée fait son chemin, les expériences fleurissent dont ces pages tentent de se faire l’écho. Face à la menace qui pèse sur son existence même, liée à ses propres choix d’évolution, l’homme sera-t-il capable de faire sa propre révolution ? De concilier enfin l’économie et l’écologie ?

Notes
1) Lire l’article de Raoul Marc Jennar p 14
2) Extrait du discours du Président vénézuélien Hugo Chavez lors de la 60e Assemblée générale de l’ONU à New York, le 15 septembre 2005.
3) Lire l’articles de Serge Latouche p20-21, et l’interview de Guy Kastler p 22 à 24