N°56
Sciences : les choix qui orientent notre avenir

6,00

Date de publication : 01-03-2006
Rédacteur : Guy KASTLER
Fonction du rédacteur : chargé de mission

Sommaire :

En question : le bioplastique
Initiative : quand la BAC (Brigade Activiste des Clowns)et les CRS débarquent
Dossier : rompre avec la vision ‘pasteurienne’
Grippe aviaire : une catastrophe programmée ?
Dossier : le long combat des médecines alternatives
Pesticides : l’expertise officielle à peine sortie, déjà reléguée
Le ‘nanomonde”, pour le meilleur ou pour le pire ?
Criirad : la radioactivité sous surveillance citoyenne
Végétal : l’épeautre
Jardinage
Petites annonces
Agenda

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Description

Faut-il jeter la Science avec l’eau du bain ?

Les sociétés européennes du moyen âge étaient dominées par la Religion. Celui qui s’écartait des dogmes de l’Eglise était excommunié, voire éliminé. Se voulant le dépositaire de l’action d’un Dieu qui aurait créé le monde à son image, le pouvoir religieux exigeait l’éradication de tous de ceux qui n’étaient pas conformes à la définition qu’il donnait lui-même de cette image. Il y eu des ‘ controverses ‘ entre détenteurs du pouvoir théologique, des schismes, provoqués par des luttes de territoire ou l’apparition d’une nouvelle économie, comme la banque (le prêt avec intérêt) avec le protestantisme. Mais la Religion a surtout servi à combattre tous les savoirs populaires et notamment à faire disparaître sur le bûcher tous ceux qui les détenaient et les pratiquaient, depuis les Cathares jusqu’aux milliers de femmes diabolisées sous le nom de ‘ sorcières “. Elle a justifié toutes les croisades et la construction de tous les empires coloniaux, au nom de l’évangélisation : ‘ tuez les tous, Dieu reconnaîtra les siens “.

Rejetant cet absolutisme religieux, la société industrielle démocratique s’est construite sur les valeurs universelles de la ‘ Science “, découverte au siècle des ‘ lumières “. Elle a amené une connaissance importante du monde matériel dans lequel nous vivons et une grande aisance matérielle pour les dominants. A-t-elle pour autant vraiment changé nos rapports sociaux et à la nature ?

Lorsque l’homme politique doit prendre une décision, il consulte l’expert scientifique : l’oracle disait ce qui est Vrai, le scientifique dit la Connaissance Universelle. Les controverses scientifiques remplacent les débats théologiques, ainsi Einstein a permis le remplacement du char d’assaut des mécaniciens par la bombe atomique des physiciens. Au-delà, toutes les institutions scientifiques refusent ce qui ne peut se réduire à leurs expériences de laboratoires, c’est-à-dire tout ce qui est vivant. L’agroécologie, les médecines traditionnelles ou alternatives, l’économie solidaire sont leurs cibles favorites Les procès en sorcellerie se déchaînent contre ceux qui refusent les OGM, échangent des semences libres, vendent des plantes médicinales ou pratiquent des médecines alternatives. La biologie se réduit aux réactions chimiques sans tenir compte des organismes vivants au sein desquels elles se déroulent : elle a produit cette agriculture industrielle si éloignée de la vie qu’elle ne peut se passer des béquilles chimiques et biotechnologiques qui nous empoisonnent, nous et notre environnement. La physique refuse de voir que l’énergie qu’elle déstocke des entrailles de la terre sous forme de pétrole ou de nucléaire appartient à un organisme vivant, la terre, qui nous fera payer la facture de notre ignorance volontaire de ses besoins (réchauffement climatique, risque nucléaire…). L’économie ne s’intéresse qu’au marché et a oublié l’homme. Au nom de la sécurité de l’homme soumis au marché, baptisé consommateur, les nanotechnologie permettront de perfectionner l’écrasement de toute contestation. Le dernier projet scientifique est de créer des ordinateurs biologiques : il ne s’agit pas de rendre l’ordinateur vivant, mais de réduire le vivant aux fonctions d’ordinateur. La modélisation nie l’existence de tout ce qui sort du modèle.

Ce Scientisme arrivera-t-il au bout de son œuvre qui est de créer un monde à son image, c’est à dire un monde mort et d’éradiquer tout ce qui ne lui ressemble pas, c’est-à-dire tout ce qui vit de manière autonome? La Science disparaîtra-t-elle avec le monde catastrophique qu’elle a engendré, ou bien saurons-nous la réconcilier avec le vivant, qui est aussi spirituel ?
La vie spirituelle n’a pas disparu avec la fin du moyen âge, elle est même de plus en plus vivante et nécessaire, débarrassée évidemment des absolutismes religieux qui respirent encore souvent bien trop fort. L’appropriation du débat sur la science, voire du débat scientifique, par le mouvement social, les paysans, les malades, les citoyens, sa confrontation avec les savoirs traditionnels et l’apparition d’une nouvelle génération de chercheurs ‘ indépendants “, ouvrent de nombreuses pistes d’espoir.