N°60
Quel commerce pour une société équitable ?

6,00

Date de publication : 11-12-2006
Rédacteur : le Conseil d’Administration de Nature & Progrès
Fonction du rédacteur :

Sommaire :

Dossier : Filière longue… et équité !
Dossier : MINGA, une palette d’acteurs très diversifiés
Dossier : dans la foire aux labels, quelle lisibilité pour le consommateur ?
Dossier : le commerce équitable passe par l’assiette bio
Dossier : le commerce équitable, la seconde peau de N&P
Dossier : la société de consommation vue de l’école
Purin d’ortie : la loi urticante
Jardinage : le poireau
Petites annonces
Agenda

UGS : 29 Catégorie :

Description

Quel commerce pour une société équitable ? Vaste réflexion que les associations Nature & Progrès et Minga vous proposent d’engager grâce à ce numéro. Si vous n’avez pas encore croisé Minga sur votre chemin, ces pages seront pour vous l’occasion de découvrir un mouvement courageux et atypique avec lequel Nature & Progrès s’est trouvé de nombreux points communs. En effet, tandis que notre organisation s’efforce d’alerter le monde de la bio sur les dangers des normes et autres contrôles qui remettent en cause ses fondements mêmes, Minga fait un travail identique sur le terrain du commerce équitable. Et l’affaire est ardue puisqu’elle concerne ‘un petit business qui monte’ comme l’analyse Christian Jacquiau, auteur d’un remarquable ouvrage sur ‘Les coulisses du commerce équitable’ qui fait déjà grincer quelques dents. Et pour cause, ce livre dénonce les errances d’un système désormais plus soucieux de faire ‘le commerce de l’équitable’ !
Et pourtant, cette idée à priori fort simple, d’insuffler de l’équité dans les échanges commerciaux, contient l’un des plus fabuleux outil de redressement d’une économie aussi prédatrice que désincarnée, grande responsable des désordres mondiaux, qu’ils soient écologiques ou sociaux. Mettez une véritable éthique dans le commerce, et vous vous surprenez à refaire le monde ! Rien moins. En menant le raisonnement à son terme, ce mode de fonctionnement, dès qu’il est cohérent, oblige à ausculter l’ensemble d’une filière, de la matière première au produit fini. Il oblige à la transparence des coûts, à celles des revenus, et mène même au calcul de l’empreinte écologique ! Comment un produit issu du commerce équitable pourrait-il en effet s’exonérer de la démarche consistant à mesurer l’impact social et environnemental de sa fabrication et aussi de sa distribution ? Sachant que la vie ne peut se développer dans un environnement dégradé, forcément, l’écologie devient la compagne naturelle du commerce équitable. Il faut croire que l’équité est douée d’une incroyable force intrinsèque puisque sa simple évocation suffit à mettre tous les paramètres en résonance !
Et c’est bien là que le bât blesse ! Tandis que Minga s’efforce, sur le terrain, d’appliquer ce concept dont elle n’ignore rien de l’effet dominos, d’autres s’approprient son pâle reflet en se contentant d’un logo plaqué sur quelques produits noyés dans l’océan d’iniquité qu’est la grande distribution. Max Havelaar vendu chez Mac Donald, cela ressemblait à une farce. Mais le seul à rigoler, c’est sans doute le clown Ronald, trop content de la bonne blague qu’il a jouée à un commerce qui prétendait tellement changer la donne !
La récupération d’une belle idée, son appropriation puis son dévoiement par des acteurs peu scrupuleux, c’est devenu la caractéristique de notre société de consommation et de ses deux avatars, la communication et la publicité. Ainsi la bio, tout doucement, est en train de glisser sur une pente gentiment savonnée par l’Europe, laquelle voudrait bien la plonger dans un bain de ‘raisonné’ dont elle risque de ressortir souillée par des produits qu’elle ne voulait surtout jamais côtoyer. Pour autant, on continuera de l’appeler bio.
De la même façon, Minga n’a pas envie de voir le commerce équitable rentrer dans une norme qui le cantonnerait à une niche ne concernant que le premier achat au Sud, de marchandises vendues au Nord et . Et exonèrerait du même coup les autres échanges commerciaux de tout effort pour devenir eux aussi équitables.
Il faut du temps et beaucoup de patience pour changer le monde. La coopération étant sans doute l’une des clés de voûte d’une si vaste entreprise, et comme il faut bien commencer par un bout, depuis que Minga et Nature & Progrès se sont rencontrés, les deux mouvements ont bien l’intention de cheminer de concert. Aspaari et le Réseau semences paysannes font déjà partie du voyage. Et tant d’autres qui ont déjà leur sac sur le dos pour cette même équipée qui traverse les siècles.