N°61
Europe : inquiétudes sur la bio

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Date de publication : 01-03-2007
Rédacteur : Nelly Pegeault
Fonction du rédacteur : Rédactrice en chef

Sommaire :

Bio-portrait : Jacky Dupety, agriculteur sur bois raméal fragmenté
Dossier : la CE engage la destruction de la bio
Enquête : la bio peut-elle nourrir le monde ?
Ecologie : REACH, quelle règlementation pour les produits chimiques ?
Eco-construction : construire sans détruire
Société : les nanoparticules, vous avez dit humain ?
Végétal : les fenouils
Jardinage
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Description

La convergence de plusieurs évènements a permis une prise de conscience généralisée de la crise écologique, laquelle du coup paraît soudaine. Mais quand on compacte successivement le film d’Al Gore, l’effet Nicolas Hulot, les images de Yann Arthus-Bertrand avec les divagations du thermomètre lui-même, si la catalyse n’a pas lieu, c’est qu’on s’appelle Claude Allègre ! Il n’est d’ailleurs pas anodin qu’un ancien ministre de l’Education, de la Recherche et de la Technologie soit l’un des derniers à douter du réchauffement global (1) : c’est très symbolique du gouffre existant entre la réalité du terrain et la perception qu’en ont les élites… à qui le vaisseau planétaire est pourtant confié !

Le journaliste Hervé Kempf, que nous retrouverons dans les pages de cette revue (2), désigne le train de vie de ces nantis comme l’un des facteurs responsables de cette ignorance dans laquelle le faste les maintient. Sous cet éclairage, on comprend mieux l’inertie des pouvoirs en place face à l’aggravation de la fièvre planétaire. Et pour reprendre l’exemple si parlant d’un Allègre, confier l’Education, la Recherche et la Technologie à de tels profils peut-il être un hasard ? Ces postes ne sont-ils pas hautement stratégiques qui ont vue, et prise sur le futur ? Nucléaire, thermique, solaire ou éolien : quelle recherche financer, quelle autre étouffer ? Quelle éducation ? Quelles innovations ? Des ministères qui jouent avec l’avenir et dessinent les futures mentalités et industries peuvent-ils échapper à la tutelle jalouse des lobbies industriels et financiers ? Qui décide en vérité ? Sans un détricotage méticuleux des politiques démocratiques, comment les OGM auraient-il pu gagner tant de terrain contre l’avis de l’opinion publique ? Face à des alternatives autrement plus vertueuses pour contrer l’effet de serre, pourquoi privilégier justement le développement d’OGM hypothétiquement ‘super oléagineux’ pour produire des biocarburants ?

Voyez d’ailleurs comme ici le préfixe est opportun : bio, un mot magique par les temps qui courent ! La reprise en main par l’agro-industrie de cette agriculture écologique et de ses pratiques si indépendantes des lobbies n’était-elle pas annoncée ? … Les adeptes de la bio, quand ils ne fauchent pas les OGM, n’attisent-ils pas des vents dangereux d’autonomie avec leurs exigences de libéralisation des semences, leurs demandes de phytosanitaires naturels non industrialisables ?
Au moment où leurs idées se popularisent, ne devient-il pas préférable de les canaliser ?

Le fait est qu’aujourd’hui, il y a de fortes ‘Inquiétudes sur la bio”. Et ces appréhensions sont bel et bien fondées comme nous l’explique Guy Kastler dans ce dossier (3)… Cette reprise en main tombe d’autant plus mal que la bio, forte justement de son indépendance, possède un vrai potentiel pour apaiser les crises, écologique et sociale, qui déferlent sur le monde. L’enquête du Worldwatch Institute que nous reproduisons ici (4) montre sa surprenante productivité (sauf pour les bio !). Généralisée, cette forme d’agriculture s’avère en effet non seulement capable de nourrir le monde, mais permettrait aux pays les plus pauvres, aujourd’hui soumis à la famine, de constituer des stocks alimentaires !
Sauf qu’il faudrait pour cela de tout autres orientations politiques. Et là, la faveur va plutôt au développement des nanotechnologies (5) aux pouvoirs fascinants de contrôles des populations. Questions de priorités… bien ordonnées.

Notes :
1 – L’Express des jeudi 21 septembre et 5 octobre 2006 ;
2 – Cf. pages 30 à 32
3 – Cf. pages 12 à 17
4 – Cf. pages 20 à 23
5 – Cf. pages 38 à 40