N°68
Alimentation et effet de serre

6,00

Date de publication : 06-08-2008
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :

Rendez-vous : le colloque ‘Nourriture, Autonomie, Paysannerie’
Réaction : le passage en force des Ogm
Ecologie : les guêpes, des auxiliaires du jardin à réhabiliter
Mobilisation : l’altertour
Dossier : agriculture biologique et changement climatique
Dossier : choix de consommation alimentaire, quel impact sur l’effet de serre ?
Initiative : Terya Bugu, un centre malien très innovant
Cuisine : les recettes de Valérie Cupillard
Végétal : la laitue
Jardinage : les gestes du jardinier
Agenda

UGS : 39 Catégorie :

Description

9 milliards, 12 milliards, 15 milliards, jusqu’où irons-nous ? Nous sommes de plus en plus nombreux à tenter de vivre correctement sur cette planète, tandis que les surfaces arables fondent littéralement au soleil sous l’emprise du béton, de la pression urbaine et de la désertification.
Combien la terre pourra-t-elle nourrir d’individus et avec quelles méthodes ?
Malgré l’euphorie pétrolière nous n’avons jamais réussi à alimenter de manière satisfaisante la totalité des populations. Alors que s’annonce la fin prévisible de cette manne, comment osons-nous imaginer un seul instant une meilleure alimentation pour les plus pauvres, ceux-là mêmes dont la démographie est galopante ?
Les réunions, colloques et autres symposiums traitant du développement durable fleurissent de partout. Toutes les grandes entreprises ont leur directeur du Développement Durable tandis que notre super Ministère de l’écologie, du développement et de l’aménagement durables (le Médad !) se fait manger par celui de l’Equipement, lui-même subordonné au Ministère de l’Economie et des Finances.
Les bonnes intentions n’en finissent pas de passer à la trappe et la loi du plus riche continue tranquillement son chemin de croissance.
Au nom de la santé, de l’éthique et du respect du vivant, on maintient en vie de manière artificielle et parfois même contre leur volonté, des grabataires dont le corps ne demande qu’à mourir.
La terre est devenue un village, parait-il, mais à un bout de celui-ci une journée de survie peut coûter plusieurs milliers d’euros tandis qu’à l’autre bout de la grand-rue, la poignée de riz aura manqué pour la survie du jour. La surpopulation devra nous réapprendre à apprivoiser la mort. Depuis des milliers d’années, la vie renaît de la décomposition de la matière. Aurions-nous donc trouvé une nouvelle loi nous permettant de nous « développer durablement » en repoussant toujours les frontières de la mort ? Si une telle loi a pu germer dans certains esprits, elle est profondément utopique, inéquitable et éphémère.
Le développement ne peut être durable que si l’on requalifie de manière précise le terme de développement. Par exemple le limiter à l’ambition de donner à chacun la possibilité de s’alimenter de manière saine et suffisante, avec une population quasiment stabilisée.
Nous faire croire que nos déchets seront hautement valorisés énergétiquement et permettront un nouveau développement, c’est insulter de manière éhontée les deux tiers de l’humanité, qui eux n’ont pas de déchets, qui pensent d’abord à manger et à qui l’on a volé la terre, la connaissance et peut-être même l’envie de produire leur nourriture.
Au grand spectacle du monde, les places sont limitées mais essayons au moins de servir les repas à tous ceux qui auront leur billet.
L’agroécologie*, avec son concept de relocalisation de l’alimentation, de revalorisation de la paysannerie et de généralisation des méthodes simples et reproductibles par tous des techniques agronomiques, a sans doute un avenir radieux : n’offre-t-elle pas à chacun de remplir son écuelle ? Mais elle devra être associée à un combat politique et social de longue haleine : les gamelles vides supportant difficilement celles qui débordent, lesquelles n’ont aucune intention de se laisser « écrémer » !
L’alimentation a toujours été, est, et restera la grande préoccupation essentielle de la vie. Elle est aujourd’hui assujettie aux normes dictées par la finance internationale. Elle doit redevenir le problème, le souci quotidien, mais aussi la liberté et la fierté des peuples.