N°70
L’Agroécologie, un mouvement social ?

6,00

Date de publication : 11-12-2008
Rédacteur : Richar Marietta
Fonction du rédacteur : président de la fédération N&P

Sommaire :


Chronique des producteurs : FCO ou langue bleue, la grande peur
Dossier : l’agriculture doit nourrir les hommes, mais comment ?
Dossier : Agroécologie, potentiels et incertitudes
Dossier : qu’est ce que l’agriculture écologique ?
Découverte : terra preta ou terre noire, la fertilité retrouvée ?
Hommage à Vassili Nesterenko
Cuisine : gâteaux d’hiver
Végétal : le chervis
Agenda
Petites annonces

Rupture de stock

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Description

La Finance Internationale joue au yoyo: lorsque ça monte, on privatise, pour remplir les caisses vides, et lorsque la descente aux enfers apparaît, les Etats sortent des sommes extraordinaires de ces mêmes caisses vides… pour rétablir la confiance, parait-il.
Mon fils, qui cherche un appartement à louer depuis un an, ne l’inspire pas, lui, la confiance, car il n’a pu décrocher le CDI qui est sensé l’établir. Et la caution des parents n’y change rien : il restera dans son studio avec sa famille.
Pendant ce temps, le salon des Yachts de luxe fait le plein, à Monaco. Tout un chacun peut y trouver de petits navires de plaisance, devenus, cette année, tous plus écologiques les uns que les autres, avec des consommations parfois inférieures à 1000 litres de gas-oil à l’heure, des tapis en soie naturelle, du vrai bois sur les tableaux de bord… Et rien que du recyclable autour de la piscine ! Rassurez-vous, si vous ne pouvez vous offrir ce petit bijou de l’écologie pratique, une semaine de location vous coûtera moins de 200 000 €.
Au salon de l’auto, la voiture est plus propre que jamais. Et comme les biocarburants sont controversés, alors les modèles électriques fleurissent : ils sont la panacée de demain, la voie royale qui ne pollue plus ! Et peu importe si l’électricité est produite au charbon à l’autre bout du monde, avec un rendement énergétique de 40 %, ou s’il faut construire de nouvelles centrales nucléaires près de chez nous : il faut rétablir la confiance, la finance et la croissance ! Les ‘progrès’ technologiques résoudront tous les problèmes. Pourquoi ne pas fabriquer de la glace artificielle pour remplacer la calotte glaciaire en perdition ? Les idées les plus farfelues deviennent très sérieuses si elles permettent de ‘faire croire’ qu’on peut ne rien changer dans nos habitudes. La conférence de Jean-Marc Jancovici en Avril dernier devant les cadres d’une multinationale de l’électrification n’a cependant laissée aucun doute. La démonstration est faite, de manière scientifique et mathématique de ce que nous savions depuis longtemps de façon plus ou moins empirique : la croissance démographique, économique et technologique des cinquante dernières années restera une exception dans l’histoire de l’humanité. Elle correspond au pillage des réserves d’hydrocarbures par 20 % de la population. En Occident, nous avons tous ‘triché’ en consommant 20 à 30 fois ce que nous étions capable de produire. Nous avons chacun une vingtaine d’esclaves à notre service, alimentés par ce que la Terre a bien voulu entreposer sous nos pieds durant des millions d’années. Mais les stocks s’épuisent : encore 20 ans, peut-être un peu plus… Alors, il y a les alternatives pour ne rien changer. Le charbon est abondant : un siècle encore, peut-être plus, si l’on accepte la pollution et les catastrophes climatiques inévitables.
Le nucléaire, en pariant sur la croissance infinie qui nous permettra de toujours plus le sécuriser et permettra de démanteler les vieilles centrales dans la sérénité… Et les folles hypothèses scientistes – bio ou nanotechnologies par exemple – qui, en plus de la croissance, présupposent un altruisme infini de la part de ceux qui en détiendront les droits pour en permettre la généralisation de la distribution à travers la planète, sans parler des risques considérables qui y seraient attachés….

La seule solution passe par un rétablissement des équilibres d’une consommation énergétique soutenable qui devrait pouvoir se stabiliser autour de celle d’un Indien ou d’un Brésilien. Plus nous nous y prendrons rapidement, moins dur sera le changement nécessaire. C’est toute notre façon de vivre qu’il faut changer : déplacer nos valeurs, du superflu vers l’essentiel, du loin vers le proche, de la connaissance vers le savoir-faire, du matériel vers le spirituel…
La route sera longue et semée d’embûches, surtout lorsqu’on a tout oublié des gestes qui nourrissent.

A N & P, nous possédons une piste, que nous suivons et cultivons depuis longtemps. Nous la partageons avec un nombre croissant d’individus aux quatre coins du monde. Elle s’appelle aujourd’hui l’agroécologie. Redéfinir l’indispensable, réinventer l’agronomie, se réapproprier les savoir-faire, apprendre la décroissance sans en souffrir, retrouver l’espoir dans le partage… à Albi, fin Novembre, c’est sous le titre de ‘Nourriture, Autonomie, Paysannerie”, que nous nous proposons de nous retrouver avec des intervenants de nombreux pays et les associations amies et partenaires, pour aller plus loin et faire évoluer l’espoir né autour du concept de l’Agroécologie.
Ce numéro spécial vous donnera sans doute un avant goût de l’ampleur et de l’urgence de ce Colloque.
Bonne lecture à tous.