N°72
OGM : les risques

6,00

Date de publication : 04-05-2009
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : Président

Sommaire :

Réflexion : vers une mondialisation équitable
Ecologie : convoitise sur le Mercantour
Témoignage : la triploïde inquiétude
Evenement : Printemps pour une Economie Equitable
Bio : la victoire de Nuremberg
Mobilisation : Sainte Marthe, la tête haute dans l’épreuve
Dossier OGM Effets sur la santé. Désinformation. Menace sur la biodiversité. En Europe, qui décide quoi? L’évaluation, une approche réductionniste.

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Description

20 Millions de chinois récemment attirés par le miroir aux alouettes des cités, renvoyés dans leur campagne. Les échanges internationaux en baisse de 10 %. Les 24 millions d’habitants de Jakarta qui s’enfoncent, avec leurs constructions, dans le sous-sol vidé de son eau par des pompages irraisonnés. Répression sur des cyclistes, services publics à la dérive, chômage galopant, ces infos du matin au petit déjeuner se ressemblent jour après jour.

Quelque chose ne tourne pas rond, la machine est emballée mais les freins sont bloqués. Ça dérape fort mais il est urgent d’accélérer. La machine ayant été conçue pour une sécurité maximum uniquement liée à une accélération constante, il faut supprimer les obstacles. Le peuple réclame du travail, un logement, de quoi se nourrir correctement, mais il a le nez dans le guidon et ne peut voir arriver le danger. D’ailleurs, il ne pense qu’à lui le peuple ! Alors, les gouvernements nationaux prennent des décisions sensées faire sauter tout obstacle à la remontée en vitesse de la machine. Mais ses élus sont trop proches du peuple et sont donc influençables. D’ailleurs ils ont été élus, c’est un comble ! Ils peuvent être tentés de faire de l’électoralisme, c’est malsain et tendancieux.

Heureusement, une Commission a été nommée pour veiller à l’intérêt des communautés à l’échelle du Continent. Là au moins, c’est l’indépendance totale ! Pas de risque aux prochaines élections, on s’arrangera entre nous le cas échéant. Du haut de leurs bureaux surplombant l’Europe entière, la vue perçante de nos Commissaires leur permet d’observer, de manière totalement désintéressée, les points de friction où il conviendrait de remettre un peu d’huile. Et justement, il viennent d’en retrouver un qu’ils avaient légèrement oublié : les OGM ! Le peuple n’en veut pas, certes, mais il n’a aucune notion de ce qui est bon pour lui. Le principe de précaution, les risques pour la santé ou la dissémination incontrôlée, sont sans commune mesure avec la catastrophe annoncée d’un arrêt de la croissance ! Même si le déblocage espéré est infime, il n’y a pas de petites mesures : tout est bon à essayer. Et si cela pose un problème à long terme, nos enfants s’en occuperont !

Alors, on remet ça. Dans le domaine agricole, il reste encore beaucoup de petits paysans qui ne font pas tourner le commerce, qui utilisent peu d’intrants, qui ressèment leurs propres graines, quelle horreur ! Ils seraient encore en marge du système marchand… un poids mort, un boulet à traîner ! Ils seraient même capables de nourrir une partie des populations en direct, comme ça, tout droit, sans passer par le vecteur de croissance indispensable des échanges internationaux. Il est urgent d’agir ! Personne ne veut légiférer, alors on va imposer. On a déjà essayé mais les conditions étaient mauvaises. Aujourd’hui, vu la situation, toutes les pilules devraient passer : c’est le moment de foncer à nouveau, plus question de garder une once d’autonomie : tout le monde doit consommer ! Après tout, c’est pas juste d’être autonome, on est tous dans le même panier, on doit tous manger la même chose ! L’énergie, le Grenelle, l’environnement, on n’en est plus là. Il faut sauver le bateau. La recherche appliquée, le génétique et la biologie moléculaire au service de l’agro-industrie : voilà qui redonne espoir ! Depuis un demi siècle, ça a super bien marché avec les hybrides. Les OGM sont bien passés dans beaucoup de pays, alors on n’arrête de tergiverser. Et si vraiment ils n’en veulent pas, on va les maquiller un peu. On va jouer sur les mots, et de toute façon, il faut bien leur faire comprendre qu’ils en bouffent déjà depuis longtemps. Et en plus, on ne peut pas faire autrement !

Il y a peut-être une alternative. Les élections européennes approchent et le peuple est appelé aux urnes. Saurons-nous donner mandat à nos politiques pour tenter d’éviter le pire ? Nous sommes de plus en plus nombreux à penser qu’il existe d’autres solutions. Faire confiance à la vie, retrouver une immunité naturelle, une biodiversité salvatrice, un sens à l’humain et à sa nourriture. Rien n’est encore perdu. Mais il faudra peut-être faire quelques concessions à notre conception du bonheur. Un peu moins e consommation, un peu moins de matériel, un peu moins de science, ou plutôt une autre science : la science du bonheur par exemple ?
Bonne lecture à tous.