N°76
Alimentons les Régions

6,00

Date de publication : 01-03-2010
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : Président

Sommaire :

Bio-portrait : Gabriel Vaudray, jardinier d’alternatives
Lecture : Utopie foncière d’Edgard Pisani
Alerte : OGM, l’expertise européenne démasquée
Biodiversité : Jardins de trottoir : des plantes sauvages… en ville ?
Humeur : Vive Copenhague !
DOSSIER : Alimentons les régions Alimentons-nous ! Alimentons localement le politique. Disparition des terres agricoles : une économie de gâchis. L’Ecorégion, un concept à ne pas galvauder. Pour manger local, semez local !
Mondialisons nos solidarités avec Frères des Hommes
Bande dessinée : Le B-Aba du jardinage écolo
Végétal : framboise et framboisier
Cuisine : Les recettes V. Cupillard
Livres, vidéo, CD
Petites annonces
Agenda de la Bio

UGS : 52 Catégorie :

Description

Le consommateur veut ‘soi-disant’ pouvoir profiter de l’opportunité de se nourrir mieux, plus sain, avec moins de risques pour sa santé… mais il aimerait aussi ne pas dépenser plus, évidemment !
Les collectivités locales, les régions, l’Etat, l’Europe, chacun y va de l’affichage de sa volonté ‘verte”. Grenelle et développement durable sont passés par là ! Certains, au sommet de l’Etat, n’hésitent pas à lâcher le terme qui concentre l’avenir : ‘la croissance verte”. Les fondamentaux ne sont donc pas remis en cause…ouf ! Ce n’est que la couleur qui change ! D’où l’application de tous à repeindre consciencieusement l’ensemble de leurs activités. Jusqu’au plus petit recoin, tout doit être vert ! Même le fond d’enseigne de Mac Do est passé du rouge au vert. ! On sent poindre le progrès !
La grande distribution ne veut pas être en reste, et chaque enseigne propose sa gamme de produits bios. L’objectif fondamental de ces temples de la consommation étant de faire du profit à travers la distribution de masse de produits forcément standardisés, il leur faut du volume, du suivi et des ‘appros’ sécurisés. Seuls les industriels étant capables de répondre à ces critères, nous allons donc retrouver les mêmes produits, issus des mêmes usines sous les différentes marques des distributeurs. Les espoirs de gains dans un secteur à croissance à deux chiffres étant phénoménaux en cette période de ‘crise”, la tendance est à la ‘marge haute”, et les prix ne sont pas toujours au rendez-vous de l’attente du consommateur qui espère bien libérer sa conscience en mangeant ‘vert”, sans débourser plus, ni changer ses habitudes.
Alors le ‘hard discount’ s’en mêle et propose des prix, toujours des prix ! On peut s’imaginer ce qui se cache derrière ces vitrines attirantes : des exploitations agricoles industrielles amenées à produire toujours plus en respectant un cahier des charges international rabaissé sous la pression d’une demande de prix minimums… mais aussi, en certains points du monde, des petits producteurs contraints de remplacer leur manque de productivité apparent par un labeur sans fin… des salariés agricoles déplacés, sous payés, parfois sans papiers, sans sécurité ni assurance.
Pour obtenir cette bonne conscience du consommateur ‘nanti”, tous les moyens sont bons : il suffit de respecter un cahier des charges, là où c’est le plus facile… peu importe la localisation : les transports influent si peu sur le prix de vente !
Et la logique reste économique, ou plutôt ‘financière”, tant on est loin, ici, de la gestion réfléchie et raisonnable de la ‘maison terre”. Le bilan de cette distribution de masse centralisée est bien sûr catastrophique à tous les niveaux : humains, sociaux, économiques et environnementaux.
Si nous voulons une véritable bio menant à un progrès humain, nous devrons sortir du supermarché comme le Christian Jacquiau, l’auteur des ‘Coulisses de la grande distribution”. Heureusement, les alternatives ne manquent pas. Tout est possible si nous le voulons tous vraiment ! Et pas mal de jeunes y aspirent comme ces pages en témoignent. Il faut sortir de ces années d’imprégnation de la prévalence financière. Tout ne peut pas s’acheter. La nourriture et la santé n’ont pas de prix et ne doivent pas être ‘cotées’ en bourse. C’est à chacun de se réapproprier les vraies valeurs de l’alimentation à travers la proximité, la confiance, la qualité, la cuisine, le partage. Ces valeurs permettront à tous ceux qui ont besoin des autres pour manger, à tous ceux qui n’ont plus, ou pas encore, la chance de cultiver leur jardin et de s’autoalimenter, d’accepter de rémunérer le travail de celui qui produit ou qui transforme de manière juste, décente et équitable.
C’est une route semée d’embûches, de normes et de législations aberrantes mais c’est la voie de l’essentiel, de la vie et de l’avenir.