N°78
L’empire des technosciences

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Date de publication : 06-08-2010
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : Président

Sommaire :

Bio-portrait : Supplément d’ânes
Reflexion : Question d’irrigation
Du nouveau dans l’étiquetage des produits Bio
La certification : un marché au détriment de la biodiversité et des droits de l’Homme
DOSSIER : l’empire des technosciences – Face au monstre mécanique – Dans la mire d’Hypervisor – Comment le BANG croise notre chemin – Pour l’Emergence d’une Université du Vivant
Initiative : Le Petit Prince, des colos qui cultivent la non-violence
Paysannerie : le SRI, un outil de la souveraineté alimentaire ?
Témoignage : School, une aide salvatrice pour la population Malgache
Jardinage : un potager ça se mérite !
Les recettes bio-gourmandes
Petites annonces
Agenda de la Bio
Livres,vidéos,CD

Rupture de stock

UGS : 54 Catégorie :

Description

J’ai failli mourir

La semaine dernière, en pleine réunion téléphonique avec mes camarades administrateurs de Nature & Progrès, alors que nous discutions ensemble, à distance, depuis le confort douillet de nos intérieurs technologiques respectifs, persuadés de la haute nécessité de
ces communications collectives nous permettant de gérer notre chère association de défense de la qualité alimentaire, de la santé et du lien social dans la proximité et l’humanisme, l’oeil rivé sur l’écran, l’oreille collée au récepteur, attentif à mes interlocuteurs… l’orage a eu raison
de ma « Live Box » !!!
Ma « boîte de vie » a explosé ! Mes contacts, mes liens au monde et aux autres… plus rien ! Le trou noir ! L’absence de vie ! La mort sociale, en somme !
Si je suis encore là aujourd’hui, c’est que la technique ne m’a pas complètement lâché. Seul, le lien vocal m’avait abandonné. Il me restait l’écran. Ouf ! Un léger souffle me maintenait encore en vie. Ma « boite de vie » n’étant pas complètement morte, un espoir profond m’animait : n’avais-je pas, par précaution, cette autre ligne fixe qui me permettrait de garder le contact avec l’extérieur ?
Tout n’était donc pas perdu.
Ayant survécu, j’ai entrepris dès le lendemain de me battre pour récupérer la totalité de ma « puissance » de vie. Ça n’a pas été facile ! La « boîte vocale » a d’abord refusé de comprendre mon désarroi. Puis une voix humaine a pris le relais, une vraie voix ! Celle d’une jeune fille aimable et compréhensive qui m’a rassuré, aidé, fait comprendre que je n’étais pas seul. Elle a pris quelques minutes pour m’expliquer qu’elle était tunisienne, qu’elle travaillait dans un « Com-Center »
ultra moderne avec 500 autres personnes, au centre de Tunis ; dans la conversation, elle m’a confié faire 42 heures par semaine pour un salaire de 400 euros mensuels, salaire lui permettant de mener une vie qu’elle qualifiait de facile et agréable dans son pays…
Ça m’a gonflé à bloc ! Grâce à moi, et à mes petites réunions téléphoniques, cette jeune tunisienne, à l’accent français impeccable (triée sur le volet ?), pouvait vivre décemment dans un pays que j’avais imaginé plus pauvre.
Puis nous sommes revenus à ma problématique : j’ai alors réalisé que mon interlocutrice connaissait tous mes numéros de téléphone, la marque de ma « Box », le nombre de mes appels antérieurs, mon nom, mon adresse exacte, la ville la plus proche de chez moi et le numéro de la rue
où je devais me rendre pour récupérer mon « intégrité » ! Elle m’a même donné les horaires et le code secret qui me permettraient d’échanger mon matériel ! Connaissait-elle aussi la marque de mon tracteur, mes opinions politiques ?
Derrière tout ça, j’ai perçu la société technoscientifi que évoquée dans cette revue, et moi qui ai passé ma vie à vouloir garantir mon autonomie, j’ai eu cette fois la sensation de ne plus maîtriser grand-chose. Serais-je déjà devenu dépendant d’un monde occulte qui me dépasse ? Y aura-til longtemps encore une pétillante jeune fille au bout du fil pour me guider, ou bien n’aurai-je
bientôt plus droit qu’à une énième boîte vocale en relation directe avec les services de sécurité,
eux-mêmes sous la houlette d’un « Hypervisor » (cf. article page 18), permettant de juger
instantanément du bienfondé de ma requête ? Le tout au service d’un marché déshumanisé aux mains de quelques oligarques tout-puissants à la tête de fi rmes monopolistiques ?
Cet avenir là n’a pas de futur : l’homme doit absolument reprendre en main son destin technologique, il en va de son maintien sur cette planète et de sa liberté.
Si vous êtes d’accord, tapez 1 ;
pas d’accord, tapez 2 ;
pour les réponses plus nuancées… tapez 3.
Aujourd’hui un opérateur vous répond. Mais demain ?