N°81
L’écologie entre propagande et réalité

6,50

Date de publication : 01-03-2011
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : Président

Sommaire :

Faites le vous-même : récoltez la sève de bouleau !
Mobilisation : Léa et Tom condamnés par l’Etat à devenir SDF ?
Dossier : quand Big Brother s’habille en vert
Dossier : Grenelle, l’histoire d’un échec
Dossier : les systèmes participatifs de garantie, une innovation sociale
Dossier : Ardelaine, une entreprise sous le signe de l’intemporalité
Société : les bushmen du Kalahari
Rencontre : la fête des Simples
Opinion : plantes médicinales : analyse d’une fausse alerte
Végétal : herbes aromatiques et condimentaires pour fenêtres et balcons
Cuisine : les recettes de Valérie Cupillard
Petites annonces
Agenda

UGS : 57 Catégorie :

Description

J’habite un petit village de 400 âmes en bordure de la rivière Tarn. Paysage de moyenne montagne assez boisé et calme disposant de la sérénité apparente d’une France « profonde », avec possibilité de baignade en eau vive… Le touriste voit vert : « Vous êtes bien loin des pollutions ici, c’est la nature authentique ! »
Nature, oui… de là à parler d’authenticité, nous avions quelques doutes. Il fallait donc accentuer le côté vert de notre village, pour réaliser l’affiche qui permettrait de mieux le vendre ! Nous présentons toute l’apparence d’un milieu rural privilégié, et la mode est à l’environnement : profitons-en ! Nous avons obtenu facilement le panneau « station verte de vacances ». Mais il a fallu faire quelques promesses d’améliorations pour pouvoir arborer, l’an dernier, le « Pavillon Bleu » censé récompenser les communes les plus méritantes au niveau environnemental : tri sélectif des déchets, construction d’une station d’épuration, toilettes sèches, arrêt du désherbage communal chimique, nettoyage et aménagement des bords de rivière… Mais surtout, nous avons participé à faire circuler sur toutes les lèvres les mots magiques de « développement durable ! » Et ça marche ! Notre village s’est mieux « vendu » cette année et le touriste n’y a vu que du vert !

Qu’y a-t-il réellement derrière l’affiche ?
Le tri sélectif des déchets est une réalité. A grand renfort d’argent public, un centre de tri départemental a été créé, ainsi qu’un bioréacteur, capable de digérer les ordures ménagères en les transformant en méthane. Des nouveaux containers ont été installés et une multitude de camions sillonnent notre vallée. Les bennes de déchets verts parcourent 40 kms pour être compostés puis redistribués, les « encombrants » sont toujours enterrés, et les « fermentescibles » vont se faire méthaniser à 60 kms ! La station d’épuration devrait bientôt voir le jour, sur le modèle des « lits plantés », avec une surcapacité obligée et un endettement correspondant. Les toilettes sèches sont confrontées aux blocages psychologiques et sont en attente, tout comme l’arrêt du désherbage qui semble toujours inconcevable.

En fait, si la conscience écologique se retrouve presque partout latente, ce sont les réalisations structurelles apparentes et générant un investissement matériel important – et donc synonyme de développement et de croissance – qui seules retiennent l’attention des élus. Le citoyen trouve une déculpabilisation dans ses petites actions quotidiennes de tri en vu d’un recyclage dont il laisse le soin, à postériori, aux pouvoirs publics.

Le constat est toujours le même : l’action doit porter la croissance ; et soigner l’apparence est plus « productif » que prévenir les dégâts ! La réalité économique à court terme ne désarme pas, en contradiction flagrante avec les déclarations du « Grenelle ». Construction d’autoroutes nouvelles, camions de plus en plus lourds, désaffection croissante du rail et du fluvial, encouragement du transport aérien, casse des énergies renouvelables mais relance et pub éhontées du nucléaire… Même les plus avertis, dans la société civile et les milieux associatifs responsables, ne peuvent résister à l’attraction économique du « made in China » ou du voyage aérien bon marché. L’agriculture biologique se développe, certes, mais pour retomber dans les mêmes systèmes marchands capitalistes qu’elle avait voulu contourner.
Pourtant, il est une multitude d’initiatives qui recherchent la libération des freins de l’esprit, à travers une transition partagée, et qui montrent des voies d’espoir. Nature & Progrès doit en être une.

Bonne lecture,