N°84
De la crise aux alternatives

6,50

Date de publication : 09-10-2011
Rédacteur : Nelly Pégeault
Fonction du rédacteur : rédactrice en chef

Sommaire :

Bio-portrait : disparition de François de Ravignan, l’agroécologie en deuil
Opinion : la protection de la biodiversité, une tenue de camouflage idéale pour le développement ?
Dossier : la crise financière expliquée à ceux qui n’y comprennent rien
Dossier : la gratuité dans tous ses états
Dossier : un projet de banque éthique pour la Nef
Dossier : la Luciole, première monnaie complémentaire en Rhône-Alpes
Ecologie : rien n’arrête la nucléocratie
Faites le vous-même : les crèmes
Végétal : la glycine tubéreuse
Programme des ciné-conférences de Marjolaine 2011
Témoignage : pourquoi nous avons fauché les vignes Ogm de Colmar
Les recettes biogourmandes de Valérie Cupillard
Petites annonces
Agenda

UGS : 60 Catégorie :

Description

Les bourses ont encore dévissé… Nouvelle crise ? Ou réplique du tsunami financier de 2007 ? Quelle que soit leur analyse, nos médias, nos politiques et autres hommes d’affaires partagent une indéfectible croyance s’agissant d’y remédier, qui martèlent à qui mieux-mieux que la situation va s’arranger pourvu que nous sachions « […] en finir au plus vite avec une croissance atone et un endettement colossal.» (1) Ce n’est pas par hasard si cette phrase est tirée de l’Expansion, journal ô combien emblématique de la vision oligarchique de la crise que nous traversons. Le besoin de croissance pour endiguer la dette ! La dette des pays, les intérêts de la dette, la règle d’or ! Quelle meilleure occasion d’expliquer au bon peuple qu’il devra – encore ! – se serrer la ceinture ? Et sans doute tailler dans ses services publics, devenus trop dispendieux pour être maintenus hors certains principes de réalité tels la rentabilité ou la compétitivité.

Pendant que les populations sont sommées de se plier aux iniquités sociales croissantes, la finance privée peut continuer à spéculer en paix. A en croire le journal Le Monde (2), la récession lui réussit même plutôt bien : « Les analystes financiers s’attendent à ce que les groupes du CAC 40 dégagent collectivement 94 milliards de profits en 2011, soit 15 % de plus qu’en 2010, et presqu’autant qu’en 2008, quand ces profits avaient atteint leur record historique (101,4 milliards)». La crise oui, mais pas pour tout le monde ! Les petits continuent de trinquer tandis que les riches continuent à s’enrichir : si ce n’était l’INSEE qui ne nous le confirmait, ce bilan friserait la caricature !

Mais cette crise qui affecte les peuples du monde entier, possède son revers. Les innombrables mobilisations des indignés, partout sur la planète, nous indiquent à quel point la mondialisation libérale, justement parce qu’elle est globale, génère des analyses convergentes, largement facilitées par des outils comme Internet. Avec des amplitudes certes très inégales, les vagues d’indignados n’ont-elles pas abordé les rives de 35 pays ? Bien sûr, tous ces peuples investissant la rue n’aspirent pas nécessairement aux mêmes changements. Malgré tout, beaucoup de témoignages signalent la maturité de ces mouvements, dont les moyens de communication et de décisions permettent plus d’horizontalité et de démocratie réelle. Ces manifestations, qui semblent n’avoir pas de leader et où tout paraît décidé en réseau, ne sont-elles pas révélatrices des immenses bouleversements dont nous ne pourrons faire l’économie si nous voulons, en effet, « changer le monde » ? Comme si la génération montante, victime du pouvoir surdimensionné de ses oligarques, repensait le tissu social en le rééquilibrant par un maillage plus serré afin que chacun reprenne sa juste part de pouvoir : pas plus, mais pas moins ! Comme si le vivant, confronté à une société de plus en plus mortifère, était en train d’inventer une autre forme d’organisation, pour sa propre sauvegarde.
Du revenu de base aux échanges EntrePotes (3), en passant par les monnaies locales ou l’argent éthique, la transition n’est plus seulement une aspiration : elle s’incarne et gagne du terrain. Oui nous sommes assurément à la veille de véritables bouleversements. Face à la finitude des ressources planétaires, comment pourrait-il en être autrement ? Pour autant, et au lieu d’en avoir peur, pensons plutôt aux richesses que ces changements augurent, qui verront immanquablement, en échange d’une sobriété retrouvée, refleurir l’amitié et l’entraide, la solidarité et la coopération, la confiance et la fraternité. La créativité, aussi. Et l’ingéniosité, beaucoup. Ceux qui n’auraient pas conscience que nous vivons une époque charnière, à cheval sur deux millénaires – c’est un fait ! – sont sûrement des boursiers… ou des prisonniers du développement, qu’il nous appartient de libérer!

Notes :
1) L’expansion n° 766- Sept 2011. Page 36
2) Le Monde du 31/08/2011 – CAC 40 : les profits des sociétés resteront élevés en 2011
3) Cf. article page 32