N°85
Ressources : la spoliation

6,50

Date de publication : 11-12-2011
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :

Réflexion : les nouveaux pesticides OGM avancent cachés
Opinion : Téléthon, le cabaret le plus cher du monde
Enquête : accident de Marcoule, Edf a menti
Bio-portrait : les jardins de Salève
Dossier : l’argent fait-il pousser les arbres ?
Dossier : le foncier agricole, coeur tabou de la question alimentaire mondiale
Dossier : non à l’accaparement des terres au nom du climat !
Faites le vous-même : les lessives ‘maison’
Agenda
petites annonces
Cuisine : les recettes gourmandes de Valérie Cupillard

Rupture de stock

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Description

Dans notre dernière parution, nous vous invitions à découvrir les rouages de la crise financière et à tenter de démêler les enjeux des principaux protagonistes pour aller vers quelques propositions alternatives. Certains pourraient se demander quel en est le rapport avec le sujet essentiel de notre revue, l’agriculture biologique? Ce numéro-ci vous propose de réfléchir au foncier et particulièrement au problème d’accès à la terre. Cette fois, pas de problème pour suivre le lien, chacun sait les difficultés récurrentes des candidats à l’installation en général et en agriculture biologique en particulier. Pour appréhender correctement notre intérêt pour la crise financière, il faut se remémorer le but sous-jacent au développement de la bio telle que nous l’entendons : nourrir de manière durable, équitable et saine la totalité de l’humanité. Pour réaliser ce défi majeur, il me semble aujourd’hui indispensable de lutter sur deux fronts à la fois : réduire au maximum les inégalités économiques, et donner la possibilité à chacun de participer à son alimentation.

En effet, la financiarisation toujours plus poussée du système alimentaire à travers l’agro-business crée une discrimination par l’argent, à l’origine de famines et d’émeutes de la faim, simplement inacceptables au regard des fortunes abyssales qui s’élaborent via la spéculation boursière. La dette du pauvre envers le riche ne pouvait se concevoir et se tolérer que dans un contexte de croissance économique forte. Le remboursement de l’intérêt devient impossible dans un monde stable ou en récession. Le système financier profite de la disparition de plus en plus rapide du lien à la terre des populations, qui gonfle la demande alimentaire. La terre n’est même plus perçue comme la source intangible de la vie, mais comme une marchandise que les Etats eux-mêmes bradent pour quelques dollars l’hectare à des sociétés financières qui savent faire fructifier les nouveaux déserts humains agro-technologiques.

Si cette course dévastatrice au profit s’accélère aux quatre coins du monde, dans des régions qui nous paraissent lointaines et hors de portée, il est des endroits très proches qui relèvent d’une problématique similaire et sur laquelle nous gagnerions à réfléchir. Nous sommes encore englués dans des carcans législatifs obsolètes, des croyances et des habitudes irréfléchies : je regardais, l’autre jour, un voisin cultivant son jardin. Il s’éreintait à biner et arroser ses choux dans une forte pente, au dessus de sa maison. Celle-ci, de construction récente, était bâtie sur la partie plate de son terrain, au bord de la route. Entrant en conversation, je lui fis remarquer le grand courage qu’il avait à travailler une telle parcelle. Voici quelle fut sa réponse : « Je voulais construire 20m en arrière, au début de la pente. J’aurais fait mon jardin sur le plat ! Je n’ai malheureusement pas eu le droit, ce n’était pas constructible ! Je devais m’aligner sur la route et les autres maisons ! »
Il y a 3 autres maisons sur ce chemin de campagne, à 100m du village où il se construit en moyenne une maison par an. Je vous laisse réfléchir à l’immense travail de reprise en compte de la valeur nourricière de la terre, ainsi que du nécessaire long cheminement des esprits de nos élus et administrateurs pour concourir à l’amélioration du rapport entre l’homme et sa nourriture.
Bonne lecture,