N°86
Campagne ‘Alimentons 2012’ : nourrir les régions et la démocratie

6,50

Date de publication : 01-03-2012
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :

Société : Nier Tcchernobyl, la clé pour normaliser Fukushima
Opinion : vers un chaos médical
Bio-portrait : Le saunier, cultivateur de perce-pierres
Dossier : Alimentons 2012, étendre la proximité pour alimenter la démocratie
Dossier : pauvreté, le retour des droits d’usage
Dossier : Groupements d’achat, la consommation cohérente
Dossier : quelle(s) agriculture(s) pour nourrir sans détruire ?
Faites le vous-même : nichoirs et abris à insectes
Végétal : pas blette, la bette !
Petites annonces
Agenda

UGS : 62 Catégorie :

Description

« Les mutations économiques, l’accélération du progrès scientifique et technique, l’ébranlement des croyances et contraintes traditionnelles, le bouleversement des mœurs, tout contribue à entraîner la société dans une course éperdue vers le progrès matériel, progrès dont on n’aperçoit pas les limites mais dont il apparaît qu’il développe les besoins plus encore qu’il ne les satisfait et ne fournit aucune réponse aux aspirations d’une humanité désorientée. Le monde à besoin d’une Renaissance et aucun de ceux qui détiennent des responsabilités qu’elles soient politiques, économiques, sociales, intellectuelles ou proprement spirituelles, n’a le droit de penser qu’il n’est pas concerné. »
Georges Pompidou, le 25 Juin 1969

42 ans après, la renaissance se fait attendre ! Au contraire, l’extraordinaire développement technologique du demi-siècle passé n’a fait que nous engluer dans une compétition effrénée et planétaire à la possession matérielle, au « toujours plus, toujours plus fort, toujours plus loin »…
Le pouvoir de l’argent a été décuplé par l’affaiblissement des valeurs morales, intellectuelles et spirituelles : il règne aujourd’hui sans ambiguïté sur la totalité du monde, ayant assujetti les domaines politiques et sociétaux. Chacun croyant encore à la valeur matérielle du bénéfice qu’il peut en tirer, c’est la démocratie elle-même qui s’est mise à son service, légitimant sans cesse un pouvoir qui légifère, à l’encontre de tout humanisme, pour l’unique protection des biens.

La répression policière à toute opposition populaire, les réglementations innombrables et de plus en plus contraignantes, l’atteinte aux libertés fondamentales, aux droits de l’homme, à celui de se loger, de s’alimenter, de se déplacer, ne sont plus l’apanage de certains pays totalitaires, mais entrent dans la logique de gouvernance habituelle de nos démocraties. Nous avons donné pouvoir de défendre nos intérêts matériels au détriment de nos libertés individuelles. Les économistes ont su nous convaincre que la croissance était l’unique voie du bonheur et qu’elle ne pouvait se développer matériellement que dans un système capitalistique de compétition planétaire. Nous avons alors accepté tacitement de laisser filer le pouvoir du politique vers le financier, laissant ainsi le champ libre à la concentration d’une petite oligarchie qui définit « la voie unique du bonheur ».

Que les inégalités sociales s’accentuent, que les plus démunis soient jetés à la rue, que les services publics les plus élémentaires soient désorganisés, les OGM dispersés, les fabricants de pesticides encouragés, que le paysan n’ait plus la possibilité de ressemer ses graines à sa guise ne semble guère gêner l’énorme majorité de nos concitoyens qui continue de voter, dans le cadre d’une « alternance républicaine », pour des partis ayant en commun la même volonté de croissance matérielle, et donc l’assujettissement programmé au monde de la finance.

Faudra-t-il demain encore payer pour avoir un simple verre d’eau ? Notre environnement, nos sources de vie, notre patrimoine commun se privatisent et se marchandisent sous nos yeux, et en accéléré, sans soulever de tollé. Jusqu’où ira-t-on au nom de la croissance ? Jusqu’à l’érosion complète de notre désir de possession ?

Quelle marge de manœuvre alors pour le politique ? En ces périodes d’élections, aucun grand parti ne prend le risque de renoncer à la croissance. Il ne semble n’y avoir aucune porte de sortie à ce paradigme.
Pour trouver la porte, il faudrait recentrer nos espoirs sur l’essentiel, sur l’humain, et sur l’une des conditions indispensables à notre épanouissement : l’alimentation. Nous pourrons (et devrons sans doute) renoncer à une partie importante de nos éléments de confort matériel. Nous ne pourrons faire l’impasse sur notre besoin de nourriture.
N et P est engagée, avec Minga, dans la campagne « Alimentons 2012 ». C’est notre rôle : tant que cela sera nécessaire, nous continuerons à mener cette lutte primordiale de l’accession de tous, partout, à une alimentation biologique de qualité. Ce nouveau numéro rétablit nettement les priorités.