N°88
De la bio… à l’agroécologie ?

6,50

Date de publication : 06-08-2012
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :


Réflexion : Nature sauvage, nature sauvée ?
Opinion : gaz de schiste, quoi de neuf docteur ?
Dossier : La bio, entre règlementation officielle et marques privées
Dossier : Agroécologie face à agro-industrie : le choc des modèles
Dossier : les mltiples facettes de la bio
Patrimoine : l’humus, une ressource en or à choyer !
Portrait : Gérard Ducerf, un ethnobotaniste autodiacte
Faites le vous-même : les macérations huileuses
Végétal : les groseilliers
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UGS : 64 Catégorie :

Description

L’agriculture biologique a toujours existé. Elle a simplement été concurrencée, dévalorisée et supplantée depuis la deuxième partie du 20e siècle, par l’utilisation tous azimuts de l’énergie fossile. Celle-ci avait l’avantage considérable d’être abondante, bon marché et facilement utilisable partout et en toutes circonstances. Elle a permis un changement d’échelle inédit dans l’histoire.
Après un siècle de maturation relativement lente, la capacité d’utilisation de cette énergie a permis la mise en place d’un système industriel performant qui s’est alors emballé. Chaque nouvelle découverte trouvait des applications décuplant les possibilités antérieures. L’humain découvrait la toute puissance de l’énergie concentrée… et s’en est accommodé ! Il devenait facile de produire, de consommer, de se soigner, de vivre et de se reproduire. Plus besoin d’attendre que l’énergie solaire fasse quotidiennement son travail, que les métamorphoses du vivant enrichissent notre terre et produisent notre nourriture : nous pouvions vivre à crédit, en empruntant dans le prodigieux stock que notre soleil avait produit pendant des millions d’années ! Il était bien difficile alors de ne pas être emporté par ce courant d’abondance et de facilité. Même les plus sceptiques se sont laissés bercer par le doux chant de la sirène du progrès. Nous y avons cru…, et nous avons crû ! L’humanité est passée de deux milliards à 7 milliards d’habitants en quelques décennies.
Et alors que la course à la croissance continue frénétiquement son explosion dans une contagion généralisée aux quatre coins du monde, nous nous apercevons avec effroi que le crédit s’épuise et qu’il va falloir payer les intérêts de cette dette : pollution généralisée, réchauffement climatique, épuisement de la biodiversité, recrudescence de nouvelles maladies, etc…
Au niveau de la planète et à l’échelle du temps, aucun problème : le processus suivra son cours, des espèces disparaîtront, d’autres s’adapteront…
Au niveau de l’humain et à son échelle de temps, par contre, il en va tout autrement.
Notre système de crédit, autant énergétique que financier, nous a mis dans une situation cornélienne absolument catastrophique dont il semble quasiment impossible de sortir. Croire que nous pourrons continuer vers un développement exponentiel avec quelques mesurettes du genre “éco-blanchiment” relève soit d’une grande imbécillité, soit d’une démagogie politique à court terme.
Il faudra bientôt parer au plus pressé : s’alimenter ! Mais alors que nous avions pris l’habitude d’avoir à notre disposition de tout, partout, à tout moment et à un tarif artificiellement bas, il va falloir renouer avec les contraintes du vivant et les lois de la nature. Produire une nourriture de qualité, suffisante pour les besoin de chacun, au moment et là où il en a besoin, sans le recours au crédit énergétique, va demander une ingéniosité fantastique.
Cela passe d’abord la généralisation de l’agriculture biologique, évidemment ! Celle-ci représente une avancée considérable par rapport à l’agrochimie, du simple fait, essentiel, qu’elle est capable de se passer de presque tous les pesticides. Aujourd’hui cependant, telle que formalisée dans les cahiers des charges officiels, elle ne permet nullement de s’affranchir de la béquille énergétique, tout en restant sous la même dépendance économique au système financier capitaliste que l’agriculture conventionnelle. Elle est donc, dans sa forme actuelle et majoritaire, incapable de relever les vrais défis de demain.

La redéfinition du modèle agricole pérenne qui permettra l’alimentation de tous sans poursuivre la destruction des systèmes naturels du vivant, tout en améliorant la santé humaine devra donc prendre en compte : l’ensemble de la répartition des possibilités énergétiques, la maîtrise de la démographie, les problèmes de fertilisation des sols, du transport en fonction des localisations de production, de l’accès à la terre pour ceux qui auront la volonté de se réapproprier l’auto-alimentation. Tout ceci ne devant pas faire oublier, bien sûr, la nécessité de relations humaines fortes et fraternelles, sans lesquelles aucune réelle avancée n’est possible.
La démarche de Nature et Progrès autour d’une agroécologie participative et solidaire est sans nul doute un pas important vers la réconciliation de l’homme avec la nature.
Ce numéro vous propose des pistes à suivre,… et à poursuivre.