N°89
L’avenir que nous voulons

6,50

Date de publication : 09-10-2012
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :

Lecture : ‘la bio entre business et projet de société’
Info bio : restauration bio, un nouveau cadre qui ne cadre pas ?
Ecologie : Fribourg, un modèle d’écologie urbaine
Dossier : Rio + 20, un monde dans tous ses états
Dossier : Repensons notre concetion du monde
Dossier : Sur la route des porteurs d’alternatives
Dossier : à la découverte d’une autre Grèce
Témoignage : donner la vie, je choisis comment !
Opinion : l’affaire Kokopelli
Programme des ciné-conférences du salon Marjolaine
Végétal : avoir des agrumes chez soi
Page Livres : recension
Faites le vous-mêmes : les graines germées

UGS : 65 Catégorie :

Description

Quel avenir voulons-nous ?
Epineuse question que nous nous posions récemment entre élus de mon village. Nous pensions au gaspillage insensé qui nous entoure, à toutes les économies d’énergie qu’il serait possible de faire sans entamer pour autant la qualité de notre vie quotidienne. Chacun était d’accord sur la surabondance de l’éclairage public, et l’absurdité d’utiliser l’eau potable pour les toilettes et l’automobile pour faire 200 mètres. J’étais cependant le seul à penser que le récent regoudronnage de 5 kms de voirie était stupide vu son état antérieur tout à fait correct – ce que personne ne contestait – et au regard du peu de fréquentation de ladite voie. Il semblait logique à mes co-conseillés de préparer l’avenir en refaisant un manteau tout neuf à cette route avant qu’elle ne commence à se dégrader. C’était de l’argent public, hors de notre compétence communale, faisant partie d’un plan départemental d’entretien routier, voté par d’autres, dont il fallait bien « profiter ». Autrement dit, même sans aucune nécessité, l’argent public doit être utilisé car c’est une manne providentielle que d’autres pourraient s’accaparer…
Un peu dépité, tandis que je remontais jusqu’à chez moi à pieds, j’ai rencontré un voisin solitaire habitant tout au bout du village, juste avant ma ferme. Il me demanda aussitôt de l’aider à faire installer l’éclairage public devant sa maison car lorsqu’il lui arrivait de rentrer de nuit, il avait du mal à trouver le trou de la serrure. Je lui ai suggéré d’installer une petite lumière devant sa porte, qu’il allumerait pendant les quelques secondes qui lui seraient nécessaires, ce qui constituerait pour lui une amélioration peu onéreuse. Rien n’y fit ! Il continua à réclamer son ampoule, prétextant qu’il était citoyen comme les autres et qu’il avait droit à son éclairage ! Je lui ai alors expliqué que la commune ne trouvait plus de bailleurs de fonds, au point que le grand projet de station d’épuration, à l’étude depuis 10 ans et prêt à être réalisé, serait sans doute encore reporté faute de moyens ; et qu’en conséquence, il serait bon d’éviter d’utiliser par trop son « tout à l’égout » qui est en fait, depuis des années, un « tout à la rivière ». Il me rétorqua qu’il n’en était pas question ; qu’il s’astreignait, par hygiénisme, à revenir uriner dans son WC même s’il se trouvait à l’extérieur, au milieu des bois. Peu lui importait ce qui se passait après, ce n’était pas son problème ! Il avait la sensation de faire son devoir en tirant la chasse d’eau.
Heureusement, il existe d’autres réactions, mais cette anecdote montre la difficulté à laquelle se trouvent confrontés nos élus dans leurs décisions qui, dans notre système démocratique, doivent contenter la majorité. […] Les visions de l’avenir sont infinies et certainement largement opposées selon les réalités économiques et sociales. Beaucoup, dans nos pays, conscients de la frénésie du gaspillage et fatigués d’une consommation sans besoin, aspireront au calme et à la sérénité d’une vie simple.
D’autres, rongés par la misère et le besoin, qu’ils soient réels ou ressentis, rêvent d’un monde d’opulence et de confort qui leur ouvre enfin les portes de la consommation effrénée.

Malgré toute l’utopie d’une transformation générale et sans violence de notre modèle sociétal, avant la phase obligatoire du partage équitable « du gâteau », je pense qu’il existe pour nous des bases stables sur lesquelles nous pouvons nous appuyer pour construire notre vision de l’avenir. Tout d’abord en nous recentrant sur l’essentiel, l’alimentation : à travers sa qualité, son accessibilité et sa production suffisante sur le long terme, et en y ajoutant les valeurs éthiques de partage, de solidarité et de confiance sans lesquelles la vie ne serait qu’un long passage infernal.
A Nature & Progrès, nous savons tous aujourd’hui que l’accumulation des biens matériels ne peut suffire au bonheur. Même s’il est parfois difficile de s’extraire d’un milieu social et de ramer à contre courant, nous devons tenter de montrer qu’un autre monde est possible et nécessaire, que les petits ruisseaux font les grandes rivières et que la vie survivra à tous les naufrages des temps. En ce sens, cette revue, avec ses multiples exemples d’initiatives menées de par le monde, nous apporte un bol d’air revigorant. Elle nous indique à quel point, d’un bout à l’autre du globe, malgré tous les remous de la mondialisation libérale, certains repères, certaines valeurs – heureusement ! -restent universelles, immuables…

Bonne lecture à tous,