N°90
Précieuses abeilles !

6,50

Date de publication : 11-12-2012
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :

Bio-portrait : la ceinture d’Avignon restera-t-elle verte ?
Opinion : les produits bio pas meilleurs que les conventionnels ? Voire…
Dossier : effondrement des colonies et néonicotinoïdes : le combat des apiculteurs
Dossiers : paroles d’apiculteurs
Dossier : pratiques apicoles atypiques d’un entomologiste
Dossier : l’apiculture Nature & Progrès, une approche résiliente
Dossier : l’apithérapie, une efficacité historique
A voir : Tous cobayes !
Débat : polémique sur la toxicité des Ogm :ces experts si dépendants
Lecture : Hors-série de Charlie Hebdo : l’escroquerie nucléaire
Végétal : la baselle
Les recettes biogourmandes de Valérie Cupillard
Agenda
Petites annonces

Rupture de stock

UGS : 66 Catégorie :

Description

Décembre 2010. La camionnette peinait à remonter la côte. Une tonne de miel au moins ! La récolte était bonne mais les visages étaient graves. C’était la quatrième année consécutive ! Et aussi la pire ! Mon fils restait muet. Il avait choisi de prendre une année sabbatique pour partager mon expérience, pour voir et appréhender le métier, pour faire un choix, en connaissance.
40 ruches, un quart du cheptel, en une seule fois ! Bourrées de miel ! Souvent vides d’abeilles, parfois quelques-unes enfoncées dans les alvéoles, d’autres fois le fond couvert d’une épaisse couche d’insectes, c’était des caisses inanimées, des cadavres que nous ramenions à la ferme. J’aurais voulu les cacher, me répéter que ce n’était pas vrai, que c’était un mauvais rêve, que c’était la fin du tunnel et que la lumière allait éclater, joyeuse et limpide.
En déchargeant, le soleil était là. La nature était belle, gaie même dans sa tenue d’hiver. Qu’avions-nous fait pour en arriver là ? Vingt-cinq années d’apiculture et une lutte de plus en plus intense pour sauver la vie. Nous avons connu l’arrivée du varroa, acarien destructeur d’abeilles, venu de l’autre bout du monde et fruit de la mondialisation, l’intensification des pesticides de toutes sortes sur la plupart des cultures, la désinsectisation généralisée des animaux pour tenter d’éradiquer le vecteur d’une maladie bénigne. Aujourd’hui nous déplaçons nos ruches au hasard dans l’espoir de trouver l’endroit idéal où nos colonies vivraient en paix. Celui-ci semble exister encore, dans quelques rares régions protégées, comme la Corse par exemple, certains massifs forestiers, garrigues ou montagnes dépourvues de cultures et d’élevages. Mais il est vain et puéril de croire que nous pourrons nous protéger en fuyant toujours plus loin les désastres liés à l’activité humaine.
La vie disparaît autour de nous, mais nous, les hommes, sommes de plus en plus nombreux, vivons de plus en plus vieux, occupons de plus en plus d’espace, transformons notre environnement de manière effrénée pour le mettre en accord avec le monde industriel et technologique que nous avons créé. Les velléités de prise en compte du vivant et de l’écologie sont aujourd’hui balayées par la peur de la récession économique. Tout sauf perdre notre pouvoir d’achat et notre besoin de consommation !
La disparition des abeilles interpelle le grand public qui reste sceptique et demande une solution.
Les chercheurs cherchent ! Parfois de manière contradictoire selon qui les paie et l’objectif de la recherche. Celle-ci ne pourra être objective que lorsqu’elle sera financée entièrement par la collectivité et dans une transparence totale, en dehors de tout lien économique.
Mais au-delà de toute tentative pour appréhender les phénomènes affligeants auxquels nous sommes confrontés, c’est toute l’organisation fondamentale de notre système sociétal et économique que nous devons revoir.
Il existe une multitude de solutions qui peuvent nous permettre de sortir de l’impasse capitalo-industrielle. Le dernier film de Marie-Monique Robin, «les Moissons du futur», en montre magistralement certains exemples concrets. Des démarches sont à suivre, des expériences à poursuivre ! Nous savons aujourd’hui que l’agriculture biologique est imparable ! La mutation est en train de s’opérer ! Souvent très mal, voire à contre-sens de la démarche globale de l’indispensable retour à l’autonomie locale, mais elle est en marche ! L’essentiel, c’est la mutation des esprits ! Les errements des politiques commerciales ne seront rien face à la connaissance et la détermination.