N°93
Déchets, comment en sortir ?

6,50

Date de publication : 06-08-2013
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : Président de Nature & Progrès

Sommaire :

Lecture : quand l’écologie parle aux petits…
Réflexion : Agriculture, le choc des modèles
Opinion : l’agroécologie, tremplin de la bioéconomie ?
Dossier : petite histoire de l’obsolescence programmée
Dossier : déchets, leurs lingots, notre plomb
Dossier : compostage industriel, la fausse bonne idée
Dossier : l’éducation au coeur du changement
Evènement : 17 ans de Résistances en Ariège
Faites le vous-même : les boissons à base de plantes
Végétal : le rôle de la friche pour le potager
Petites annonces

Rupture de stock

UGS : 69 Catégorie :

Description

Cela fait bientôt 40 ans que je vis sur ma ferme.
Les dix premières années, je fis de la bio sans le savoir, comme d’autres qui, à l’époque, voulaient rompre avec une société de gaspillage, de pollution et d’irresponsabilité sanitaire et environnementale. Je ne pratiquais pas, alors, la “traction animale”, mais je travaillais avec le cheval dans un souci de logique, d’économie de moyens et d’argent. Je ne me plaignais pas du prix de l’eau ou de son manque: deux ou trois seaux tirés du puits me suffisaient pour les besoins domestiques et les bêtes buvaient à la source. Une ampoule à incandescence dans la cuisine, une autre dans la chambre, une troisième à la cave et une à l’étable: je ne manquais pas de lumière! Pas besoin de prises de courant, je n’avais aucun appareil électrique! Peut-être étais-je un peu décalé pour l’époque, mais c’était il y a seulement trente ans!

Aujourd’hui, je fais visiter ma ferme… comme modèle de résilience et d’autonomie.
Et pourtant!… Je plains mon successeur en ces lieux. Je crains de surtout lui céder un modèle de complexité. Ma ferme est devenu un village où habite une seule famille à l’année avec des fils et des tuyaux partout : dans les maisons, dessous, autour, dans les cours, les chemins et les champs. Six tableaux électriques, des disjoncteurs, répartiteurs, différentiels, des prises, des machines, des outils, des médias… Quatre sortes de tuyaux d’eau : l’eau dite “potable” du réseau, inutilisée mais au cas ou…, celle du forage, qui la remplace, celle de la citerne à eau de pluie et celle du puits, pour l’arrosage. Des tuyaux d’alimentation ici, des tuyaux d’évacuation là, des gros, des petits, des câbles, des gaines de toutes les couleurs… Et des problèmes, des dysfonctionnements, des colmatages, des fuites, des fuites !
Et pourtant, aux dires de certains, je serais toujours aussi décalé pour l’époque! Mais que vivent donc mes contemporains?

En quelques décennies, nous avons transformé radicalement notre mode de vie et notre environnement. Nous avons construit des cités sans âme et parfois sans espoir que nous tentons de reproduire à la campagne. Le matériel a pris le pas sur l’humain, l’industriel sur l’artisanal, la connaissance sur le savoir. Le spirituel est relégué dans la fosse aux démons, là où sont enterrés ceux qui freinent la croissance.
Le train fou s’est emballé dans une direction inconnue, laissant derrière lui une épaisse fumée noire qui colle à la terre et au temps, indissoluble, indigérable et inquiétante.
La prise de conscience récente des problèmes créés par notre forme de consommation entraîne aujourd’hui des initiatives parfois fantastiques d’ingéniosité et porteuses d’espoir. D’autres ne sont en fait qu’un nouveau levier pour réalimenter la locomotive qui s’essouffle.
Si les tentatives, de plus en plus complexes, de traitement de nos déchets sont indispensables dans le court terme, elles resteront vouées à l’échec à long terme tant que nous n’aurons pas su gérer la qualité de l’approvisionnement en amont.
Si nous parvenons à alimenter la machine dans le respect de la nature et du vivant, ces derniers sauront digérer son épaisse fumée noire. Et si le train roule moins vite, il faudra peut-être se demander s’il était bien raisonnable d’aller aussi vite et s’il n’y a pas quelques fleurs à ramasser au bord de la voie…