N°94
Les règlementations à l’assaut du vivant

6,50

Date de publication : 09-10-2013
Rédacteur : Richard Marietta
Fonction du rédacteur : président de Nature & Progrès

Sommaire :

Tribune : Le Plan sur le commerce équitable, tout pour la façade !
Société : Alerte à la biologie de synthèse et aux Aliens de demain
Dossier : Médicinales, la menace du carcan règlementaire
Dossier : la Commission européenne décrète la prohibition de nombreuses plantes aromatiques et médicinales
Dossier : Semences, droits de propriété industrielle sur le vivant contre savoirs populaires
Opinion : non au racket institutionnalisé des interprofessions
Nature : le lombric, lumière sur un auxiliaire de l’ombre
Végétal : les capucines tubéreuses
Faites le vous-même : la peinture suédoise
Agenda
Petites annonces

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UGS : 70 Catégorie :

Description

Dans la naïveté de mon enfance, je croyais à la pureté : la nature me semblait «naturelle» et je trouvais les gens «gentils». Les premières années d’école m’ont conforté dans cette pensée. Les leçons de morale bien pensantes et les poésies idylliques que je récitais avec conviction me permettaient de voler sur un nuage de beauté et de confiance. Il y avait toutefois une ombre au tableau de cette même école qui nous demandait par ailleurs de croire et d’espérer : les leçons de calcul portaient en effet assez souvent sur le marchand qui mettait de l’eau dans son vin, l’épicier qui truquait sa balance ou le bûcheron qui vendait du bois vert. Nous devions découvrir alors le pourcentage de gain supplémentaire obtenu avec ces méthodes frauduleuses…

Heureusement, la réglementation se développait à grands pas. Basée sur des méthodes scientifiques, elle devait nous permettre d’éradiquer à jamais les tentatives tordues ou maléfiques. Le vin devrait désormais être obtenu uniquement avec du raisin et contenir 11° d’alcool, le lait renfermerait 32 g de matière grasse et proviendrait d’une vache saine et contrôlée, les médicaments seraient testés et homologués, les semences certifiées, améliorées, inscrites dans un catalogue national, etc. Tout était mis en place pour que notre monde soit enfin fiable, transparent et facile à vivre.

Un demi-siècle plus tard, nous sommes obligés de constater que les buts recherchés n’ont pas été atteints et même qu’au contraire les sensations d’insécurité, d’opacité et de mal-être sont prépondérantes dans un monde de plus en plus difficile à vivre et à comprendre. Les scandales se succèdent à une cadence et une échelle grandissantes. Et notre société s’y accoutume.
Nous vivons dans le monde de l’apparence et faisons semblant de croire à la publicité anesthésiante. Un camion devant moi portait cette inscription: « Dégustez la viande issue d’une région de tradition.» Mais quelle région n’a pas de traditions? Et quels réels processus sont à l’œuvre derrière la production de cette viande? Même les plus crédules se doutent bien que le jambon de Bayonne n’a que bien peu à voir avec cette ville et que la moutarde ne vient pas de Dijon. Ceux qui savent finissent par accepter comme inéluctables le mensonge pour raison économique et les produits manufacturés se référant abusivement à l’image régionale, l’artisanat ou la tradition.

Les réglementations successives établissent des normes de plus en plus contraignantes, dictées le plus souvent par les pressions des industriels qui y voient l’opportunité de se débarrasser d’une partie de leur concurrence. Lobbies, syndicats, groupes de pressions divers bataillent en tous sens pour sauvegarder leurs intérêts. Les «politiques» non encore corrompus ont bien du mal à s’y retrouver, coincés entre les décisions des groupes, leurs croyances personnelles et la complexité des problèmes.

Alors on nous oblige : à vacciner, à pucer, à éradiquer les « mauvaises » herbes ou les insectes « parasites »; maintenant, on voudrait même nous interdire l’usage des plantes pour soigner nos animaux ou nos végétaux, et restreindre à peau de chagrin l’utilisation de nos semences paysannes. Comment nous plier à ces contraintes sans encore porter atteinte à la vie, à cette vie qui nous entoure, nous nourrit, et que de telles pratiques menacent en attaquant son symbole-même : sa foisonnante biodiversité ?
Redonnons-lui ses chances, reprenons confiance, n’acceptons plus l’inacceptable dicté par la croissance financière. Chacun porte en lui sa force de vie, sa capacité à gérer ses actions, à accepter ou refuser les allégations sociales selon ses convictions profondes. C’est à nous de décider. C’est à nous de dessiner l’avenir que nous voulons.

Bonne lecture,