N°96
Un monde sans pesticides

6,50

Date de publication : 01-03-2014
Rédacteur : Eliane Anglaret
Fonction du rédacteur : présidente de Nature & Progrès

Sommaire :

Bio portait : bienvenue à la ferme des Cabrioles
Entretien : rencontre avec André Cicolella
Retour d’expérience : Chiapas, les 20 ans de la rébellion zapatiste
Santé : les consommateurs bio à la loupe
Dossier : l’agriculture bio, un premier rempart contre les pesticides
Attention : règlementation phytosanitaire favorable aux produits de synthèse
Pour une agriculture sans pesticides, l’agroécologie oui, mais paysanne !
Réflexion : Lampedusa et le naufrage d’une société de croissance
Faites le vous-même : les légumes lacto-fermentés
Végétal : la sauge
Petites annonces
Agenda

UGS : 73 Catégorie :

Description

2014, Nature & Progrès aura encore assez d’énergie, non seulement pour souffler ses 50 bougies, mais aussi pour raviver et amplifier son exigence de changements de politiques agricoles. Sommes-nous dans le monde des Shadocks(1), ces « étranges oiseaux passant leur vie à pomper et inventer des machines toujours plus absurdes pour résoudre leurs problèmes » ? Je retiens cette image très pertinente pour illustrer notre modèle agricole gourmand en intrants de toutes sortes (engrais, pesticides,…), en ressources naturelles (terres, eau, énergies fossiles,…), pollueur et onéreux qui encourage la fuite en avant des paysans, otages de ce système : un système tentant de nous faire croire qu’il n’y a pas d’autres solutions !
Depuis 50 ans, des pionniers, des paysans considérés comme des utopistes, des jardiniers démontrent que d’autres modes de production existent, ils expérimentent et produisent quasiment à l’opposé des préconisations de l’agro-industrie.
2014, 9° édition de la semaine sans pesticides, des avancées certes. Depuis déjà quelques années, suites aux pressions citoyennes, bien des municipalités ont supprimé les pesticides de leurs plates-bandes, de leurs parcs et jardins (2). Selon le Ministère de l’Ecologie, 40% des communes sont actuellement à « zéro phyto » ; et si avec une politique agricole et environnementale courageuse et audacieuse on se lançait dans « toutes sans pesticides » ? Nous avions un peu d’espoir avec la Loi d’Avenir pour l’Agriculture, l’Alimentation, et la Forêt (LAAF) en cours de discussion au parlement. En ce début d’année, notons quelques petits pas en avant sur certains sujets, mais des grands oublis, pour l’instant. Je veux parler en particulier des « Préparations Naturelles Peu Préoccupantes » (PNPP). Des pratiques et des savoirs populaires se transmettaient de génération en génération, s’appuyant sur des observations fines ; paysans et jardiniers pouvaient, en toute autonomie, soutenir la croissance de leurs végétaux et soigner. Nous nous souvenons tous de la « guerre de l’ortie » ! Ce serait la faute à l’Europe ? Mais alors comment nos voisins espagnols et allemands, soumis aux mêmes lois que nous, parviennent-ils à impulser une vraie dynamique pour développer les PNPP ? Avec la bénédiction des gouvernants, les entreprises agro-industrielles de la chimie ne sont-elles pas en embuscade pour assurer leur reconversion, en brevetant ces savoirs populaires en prévision d’une réduction de l’usage de leurs biocides ? Cultivateurs et éleveurs risquent ainsi d’être privés du recours à leurs savoirs traditionnels et leur automédication. C’est déjà bien engagé, les réglementations pointent leur nez avec leurs batteries de contrôles et de répressions tandis que la LAAF maintient ce pan de législation privatisant les PNPP. Mais dans un sursaut de lucidité pour la défense du bien public, nos parlementaires peuvent encore changer d’avis… Car, comme l’explique très tranquillement Marc Dufumier(3), la compréhension des écosystèmes vivants, la biodiversité des cultures, des semences, des races de terroir, sont des clefs précieuses pour une agro-écologie paysanne.
Depuis 50 ans, Nature et Progrès n’a cessé de lutter contre l’intensification agricole. Ses adhérents n’ont pas ménagé leur peine pour écrire les premiers cahiers des charges, traçant les bonnes pratiques de l’agriculture biologique. Avec d’autres partenaires mondiaux, N&P a contribué à la création de la Fédération Internationale des Mouvements d’Agriculture Biologique (IFOAM). Quand cette dernière a publié, en 2008, « “Systèmes Participatifs de Garantie (SPG) : vision idéale“, un document qui définit les grands principes des SPG, nos COMAC* locales ont travaillé à l’amélioration et au développement du système.
Il reste encore devant nous un travail collectif conséquent rassemblant producteurs, transformateurs et consommateurs : car le temps de l’agro-écologie paysanne est venu, qui doit apporter aux populations leur souveraineté alimentaire. C’est vers cet horizon là que nous regardons, vers lui déjà que nous marchons… pour alimenter nos régions !

* COMAC : Commission Mixte d’Agrément et de Contrôle. Commission intervenant dans l’attribution de la mention aux adhérents Nature & Progrès

Notes :
(1) Isabelle Saporta- « le livre Noir de l’agriculture »- Fayard- 2011
(2) http://www.lyon.fr/page/cadre-de-vie/respirez-/gestion-environnementale.html
(3) Marc Dufumier- « 50 idées reçues sur l’agriculture et l’alimentation » Allary Edition- 2014