N°97
L’écologie a bon dos !

6,50

Date de publication : 04-05-2014
Rédacteur : Eliane Anglaret
Fonction du rédacteur : présidente de Nature & Progrès

Sommaire :

Société : Pesticides, conflits d’intérêts sur les normes alimentaires
Enquête : le bio est-il synonyme de bien-être animal ?
Dossier : Leur écologie et la nôtre, texte d’André Gorz
Dossier : L’écotaxe, un cas d’école
Dossier : Avec Linky, l’enfer vert s’installe à domicile
Dossier : Mondialisation, les mécanismes de la dépossession
Initiative : Alter’éco 30, un chemin vers l’autonomie
Faites-le vous-même : le vinaigre
Végétal : Les plantes en route pour le nord
Agenda
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UGS : 74 Catégorie :

Description

Le terme d’écologie est aujourd’hui connoté plutôt positivement. Pourtant, qui ose en parler peut se voir, tout à la fois, qualifié de moderniste, de passéiste voire d’obscurantiste. L’écologie est une science, celle qui étudie les êtres vivants dans leurs milieux, les interactions entre eux et leur évolution, une discipline holistique recouvrant de vastes domaines. L’écologue, qu’on ne doit pas confondre avec l’écologiste, en est le spécialiste. Cette science a été dévoyée, masquée par la notion de «?développement durable?», sans doute afin d’éviter les véritables questions.

Mais voilà, la spécialisation toujours grandissante des connaissances réduit notre système de pensée à des savoirs «?technicisés?», nous propulsant dans un univers artificiel qui exclut l’humain, voire le rend superflu. C’est le règne de la technoscience, vision sociétale dénoncée par Jacques Testart.

Cette technoscience est-elle neutre?? est-elle progrès technologique?? est-elle progrès pour l’homme?? ou vise-t-elle à installer, dans tous les recoins de la société, le rouleau compresseur de la domination de l’économie et de la «?marchandisation?» de tous les biens communs?? Le citoyen, tenu à l’écart des processus de décisions le concernant, est dans l’obligation, sans qu’on lui demande son avis et contre son gré la plupart du temps, d’adhérer aux vertus et à l’efficacité des systèmes techniques qui se développent parfois dans le plus grand secret, comme par exemple les nanotechnologies.

Nous pouvons déplorer que de nombreux élus, éblouis par l’idée de progrès, très régulièrement sollicités par la propagande des entreprises et les espérances du «?marché?», se laissent imposer sans sourciller toutes ces technologies au nom de causes dites nobles?; ils se laissent dépouiller de leur pouvoir. Citons, par exemple, les PGM (Plantes Génétiquement Modifiées) pour lutter contre la faim dans le monde, la vidéosurveillance pour notre sécurité, le compteur Linky pour suivre nos consommations électriques… Nous pouvons aisément imaginer que d’ici peu, si ce n’est déjà fait, la très grande majorité de nos données personnelles, de nos opinions, de nos faits et gestes seront connus, suivis par la surveillance généralisée et permanente des comportements, déplacements, liens sociaux, achats… Nous habiterons alors un monde contrôlé par la technologie, complètement aveugle et aliénant?: «?Les Temps Modernes?» de Charlie Chaplin. Ce dévoiement de la science n’annonce-t-il pas le déclin d’une certaine forme d’humanité??

Jacques Ellul, dans son livre «?Le système technicien?» critique ce type de progrès qui, incontestablement, apporte certains conforts de vie mais occasionne de nombreuses nuisances, et pas uniquement sous l’angle de pollutions et de dégâts – en portant atteinte à la liberté même de l’homme. Ce pionnier de l’écologie, qui osait mettre en question de façon radicale la puissance technique, avait une réputation de rétrograde et d’obscurantiste. Il a été tenu à l’écart de l’intelligentsia parisienne.

Ce mythe de la technique est fortement contesté actuellement. Les transitions à ce modèle à bout de souffle, les alternatives que certains citoyens mettent courageusement en œuvre, donnent du sens à notre engagement?: rendre crédible l’écologie, en particulier dans l’agriculture et l’alimentation, avec des idéaux humanistes. Nous voulons sortir de ce «?scientisme?» asservissant, consistant à croire que la science et la technique résolvent tous nos problèmes. La vie ne se résume ni ne se réduit à des éléments de base – gêne, neurone, bit.
Nous voulons agir, individuellement et collectivement, jouer notre rôle d’aiguillon pour faire émerger une autre époque plus constructive, plus humaniste, s’appuyant sur les fondements de l’écologie, appelant à un sursaut capable de faire face à ce système en crise.